INTRODUCTION:
A partir de l’époque à laquelle les premiers empires avaient pris connaissance, l’un de l’autre, et que des relations culturelles et surtout commerciales s’étaient établies entr’eux, le monde a vu naître un centre de gravité à l’intérieur duquel richesses et découvertes se sont concentrées. Les considérations qui suivent se proposent d’en résumer les étapes historiques et d’esquisser, pour le futur du monde, l’aboutissement des changements profonds qui se dessinent dès le début de notre XXIe siècle.
BREF APERCU HISTORIQUE
Les centres du monde se sont développes, l’un après l’autre, lelong des axes commerciaux majeurs qui resultèrent souvent des évolutions techniques des moyens de locomotion et de transport et qui virent naître en leur sein et/ou à leur départ la concentration de richesses et de développements techniques et culturelles, puis consécutivement la constitution d’empires qui dominèrent le monde. Le premier axe ainsi constitué au cours du IIe siècle avant J.C.fut certainement la célèbre Route de la Soie qui reliait l’Empire des Hans en Chine à l’Empire Romain, puis dès la disparition de ce dernier en 476 après J.C. l’Empire de Byzance. Ce centre du monde formé par cet axe commercial qui reliait les deux empires les plus puissants de l’époque a vu naître tout au long de son histoire d’autres empires comme celui des Sassanides en Perse autant que des cités florissantes telles que Samarcande, Boukhara et autres. Sa sécurité étant affectée dès l’invasion des armées islamiques et leur victoire, en 751 après J.C. sur l’armée chinoise à Talas, puis dès la fin du XIIe siecle par les invasions mongoles, la Route de la Soie perdait de son attrait. Le commerce entre l’Europe et l’Asie Orientale, de plus en plus maritime, en empruntant la route du Golfe Persique, était cependant maintenu mais il passa, du côté européen, après la décadence de Byzance, successivement entre les mains des grandes entités politiques et commerciales, tant du côté de la Méditerranée, avec les cités-républiques de Gênes et de Venise, que du côté de la Mer Baltique et de celle du Nord avec la Hanse Teutonique et son comptoir à Bruges. La Chine des Mings, repliée sur elle-même, et l’Empire de Byzance en plein déclin, le centre du monde se concentra sur ces villes européennes, points d’arrivée, de distribution et de départ des marchandises et y provoqua l’accumulation de richesses et le développement d’une activité importante, tant commerciale que culturelle et inventive. Cette évolution marqua le début de la domination européenne sur le monde, évolution qui devint effective à partir de la fin du XVe siècle avec le développement de navires performants qui permirent d’affranchir les océans et la découverte des Amériques, de même que le contournement de l’Afrique.
En conséquence, les centres du monde successifs se déplacèrent vers les grandes cités portuaires de la Côte Atlantique, d’abord vers Anvers et Amsterdam, puis pour une longue période vers Londres, la capitale du puissant Empire Britannique. Le centre du monde s’était ainsi déplacé des mers intérieures de l’Europe vers l’Atlantique qu’il traversa vers la fin du XIXe siecle pour s’établir, jusqu’à aujour d’hui à New York, puis également Los Angeles sur la Côte Pacifique. Le dernier président des Etats-Unis d’Amérique, Barack Obama, avait bien pressenti ce transfert de l’Atlantique vers le Pacifique en appuyant la création d’un espace de libre échange autour de cet océan, traité aujour-d’hui abandonné par le nouveau président des Etats-Unis. Tel est aujour-d’hui l’état du monde avec un centre de part et d’autre de l’Océan Pacifique, avec d’un côté les Etats-Unis d’Amérique, actuellement encore première puissance du monde, relayés à court ou à moyen terme par la Chine, puissance montante de l’aute côté de l’océan.
L’AXE COMMERCIAL CHINE-EUROPE: NOUVEAU CENTRE DU MONDE.
L’avènement de la Chine comme première puissance, demain, du monde, le repli actuel sur eux-mêmes des Eats-Unis d’Amérique laissent apparaître comme probable le transfert du centre du monde d’un côté à l’autre du Pacifique. Il s’affirme aussi par les projets d’infrastructure à échelle continentale que les dirigeants chinois ont conçus, programmés et déjà, partiellement, mis en route. En premier lieu, il s’agit là, de la remise en valeur, avec les moyens de la technique moderne, de l’ancienne Route de la Soie. Elle sera doublée, sur son flanc Sud, par des liaisons tant maritimes que terrestres, ces dernières notamment par l’Asian Highway Nr. 1 qui reliera Singapour à Istanbul. Ces grands axes commerciaux, une fois réalisés, passeront à travers des pays parmi les plus puissants de demain, depuis la Chine consécutivement par l’Inde, au Sud, les républiques turciques de l’Asie Centrale au Nord, puis par l’Iran et la Turquie, pour aboutir, finalement, en Europe. Mais quelle Europe, c’est là la question cruciale. Pour se mettre en valeur et à égalité avec les grands pays qui s’inscrivent sur cet axe commercial et qui prendront, de ce fait, un essor et une importance considérables, l’Europe devra se redéfinir comme entité politique cohérente et dirigée par des instances suprarégionales appuyées sur une volonté populaire forte et consensuelle. Pour y arriver elle devra se libérer de son découpage en nations dont aucune, déjà au stade actuel et encore plus fortement à l’avenir, ne saura se prévaloir à elle seule comme l’équivalent des puissances déjà établies, Chine et Inde, voire montantes, Iran et Turquie. L’Europe devra dépasser ses frontières et différences intérieures et mettre l’accent sur ses valeurs communes immenses tant socio-culturelles que techniques et politico-philosophiques, qualités qui la caractérisent et qui peuvent lui conférer, à l’extrémité occidentale de ce grand axe, le contrepoids et le partenariat avec et à la Chine située à l’autre extrémité.
Le futur centre du monde se dessinera alors comme cette liaison continentale entre l’Extrême Orient et l’Occident, entre la Chine et l’Europe unifiée. Ce nouveau centre du monde englobera ainsi les deux continents, l’Europe et l’Asie, dont la frontière n’a jamais pu etre définie à satisfaction. Il en formera de ce fait ce seul continent Eurasie avec ses limites maritimes naturelles au pourtour. Cette évolution probable, voire prévisible, laissera derrière elle une Afrique qui restera encore longtemps seul pourvoyeur de ses richesses naturelles immenses et un continent américain relégué au deuxième rang dans ce monde redéfini. On verra que tant Wall Street que Silicon Valley se transfèreront aisément.
CONCLUSION
Si la constitution de ce nouveau centre du monde sous forme d’un axe commercial à travers l’Eurasie prend son depart avec force et vitesse à son extrémité orientale, en Chine, il appartient à l’Europe, de l’autre côté, de s’affirmer comme contrepoids et complément, sinon démographique ce qui est impossible, mais commercial et culturel, et de susciter et de promouvoir la rencontre de deux des plus anciennes cultures du monde, ceci, espérons le, pour le plus grand bien de l’humanité dans un monde dans lequel les hommes devront se comprendre comme part de la nature et abandonner cette illusion suicidaire d’une nature au service de l’homme.
Hans Gutscher, Chiang Mai