Ce texte est complémentaire aux contributions antérieures contenues dans ce même blog, à savoir:
– Vers une Europe des Régions
– Une constitution pour l’Europe
INTRODUCTION
Si, comme cela avait été développé dans les textes précités, une nouvelle unification de l’Europe, une Europe des Régions, devrait se définir et se créer du bas vers le haut, des unités politiques locales et régionales vers le gouvernement central, le rôle de chaque citoyen, voire même habitant revêt une importance capitale.
En effet, pour arriver à la cohésion et une unification stable de ce continent, aujour-d’hui encore trop divisé, il sera essentiel que la grande majorité de ses habitants fasse sienne en premier lieu une identité européenne et seulement ensuite, comme part de cette première, une identité nationale, voire, à l’avenir, régionale.
CREATION D’UNE IDENTITE EUROPEENNE
Pour y arriver tant le monde politique que celui de l’enseignement sont sollicités, surtout ce deuxième, dont le rôle est déterminant à plusieurs titres et dans plusieurs domaines, à savoir:
– l’enseignement de l’histoire
il devra en tout premier lieu abandonner la notion d' »histoire nationale » dont
le terme même ne concerne qu’une période limitée, les nations ne s’étant
développées comme entités politiques qu’à partir de la fin du XVIIIe siècle.
Mettre en évidence les développements historiques qui finalement ont conduit
vers l’entité européenne que nous connaissons aujour-d’hui et qui peuvent être
résumés comme suit:
– la naissance des premières civilisations autour du bassin de la Méditerranée
– la constitution de l’Empire Romain et sa délimitation orientale vers l’Asie,
repoussée ultérieurement vers l’Ouest sous l’Empire Ottoman.
– les grandes migrations venant du Nord et la constitution consécutive des
royaumes issus de l’amalgame entre les habitants romains et les envahisseurs
germaniques et slaves
– la naissance de l’Islam, religion à forte connotation politicomilitaire et
son expansion au Sud d’une Europe devenue chrétienne dans sa majorité
– la découverte, par les Européens, d’autres parties lointaines du monde
(Amériques, Océanie, Afrique australe, Sibérie), et l’émigration massive
d’Européens vers ces régions
– la fin du féodalisme et l’avènement des nations après les Guerres
Napoléoniennes et durant tout le XIXe et le début du XXe siècles
– Les désastres des deux Guerres Mondiales et les efforts consécutifs
d’unification du continent, notamment après la liquidation de l’antagonisme
idéologique qui durant près d’un demi-siècle avait coupé le continent en
deux parties opposées
Il devra mettre en évidence, par ailleurs, l’importance et le rôle bénéfique
des migrations qui, au fond, sont à la base de la formation de l’homme
européen d’aujour-d’hui. Y participe aussi la migration des idées et des
croyances dont la plus importante pour l’Europe, le christianisme, est née au
Moyen-Orient.
– l’enseignement de la philosophie
enseignement de l’histoire et du développement des courants philsophiques sur
le continent européen, avec la présentation comparative de leurs grands
courants et des tendances prédominants, d’une époque à l’autre, de même que
des idéologies qui, pour certaines, en résultèrent.
Il faudra également mettre en évidence tant les apports extérieurs à ces
développements (p.ex. le bouddhisme dans l’oeuvre de Schopenhauer), que les
différences fondamentales qui les séparent des philosophies extérieures
à l’Europe, notamment la compréhension diamétralement opposée du monde et de
l’humanité entre l’Europe et l’Extrême-Orient:
Partant des individus, l’Occident, l’Europe, comprend l’humanité comme la
totalité, l’addition, de ceux-ci, là où l’Extrême-Orient part de l’humanité
dans son ensemble dont l’individu ne représente qu’une part infime.
La valeur de chaque individu s’en ressent sensiblement différente.
L’enseignement de ces deux disciplines, soutenu par les dispositions politiques, devraient réveiller en tout Européen la conscience de sa particularité, donc de son identité continentale propre, qui au-delà de toutes les différences qui séparent, à l’intérieur du continent, les peuples qui le composent, le distingue dans une plus ou moins grande mesure des autres parties du monde, de ses concurrents proches et lointains. Il se reconnaîtra dans les qualités que son histoire, à travers ses innombrables conflits meurtriers, et ses penseurs, a travers leurs fréquentes disputes et confrontations lui ont léguées comme capital intellectuel précieux et identitaire et dont les composants les plus importants peuvent etre résumés comme suit:
– l’individualisme dans la communauté
– la liberté de pensée et d’expression
– la laicité avec comme conséquence, l’ouverture d’esprit
– la culture du dialogue et de la tolérance reciproque
– la confrontation des idées et la culture du consensus, voire du compromis
– la démocratie basée sur le dialogue et la séparation des pouvoirs
– l’entr’aide communautaire et sociale
– l’industrie et l’inventivité
CONCLUSION
Seul le réveil chez tout individu habitant ce continent de son attachement aux valeurs et aux acquis de ce dernier permettra de créer la base solide sur laquelle pourra se bâtir une Europe véritablement unie, pas seulement dans ses institutions mais dans le coeur même de chacun de ses habitants.
Hans Gutscher
Chiang Mai
15.06.2018