DES CONFLITS ENTRE LE MONDE INSTITUTIONNEL ET LA REALITE

10 Nov

1. SUR LE PLAN DE LA POLITIQUE MONDIALE

Depuis les premières guerres à étendue continentale puis mondiale, les puissances victorieuses, avec ou sans le concours des perdants, ont essayé d’établir un nouvel ordre et de nouvelles institutions politiques auxquelles elles pensaient en vain pouvoir donner un caractère et une valeur quasi de pérennité.

Le premier exemple dans l’histoire est certainement représenté par les Traités de Westphalie qui, en 1648, terminèrent la Guerre de Trente Ans, première confrontation à échelle continentale européenne. Ces traités aboutirent à une réorganisation de l’Europe de l’époque.

Ces acquis étaient dès le milieu du XIIIe siècle sensiblement modifiés suite à la Guerre de Sept Ans , puis surtout la Révolution Française et les Guerres Napoléoniennes successives. Cette période révolutionnaire déboucha à la fin des guerres et suite à l’écroulement de l’Empire de Napoléon Ier, au Congrès de Vienne qui en 1815 aboutit à une réorganisation de l’Europe sous la domination des cinq puissances principales, les monarchies absolutistes de la Russie, de la Prusse et de l’Autriche, dans sa partie orientale, et des deux monarchies parlementaires et constitutionnelles de la Grande-Bretagne et de la France, dans sa partie occidentale. Cet ordre perdurait, en dépit de révolutions successives durant tout le XIXe et le tout début du XXe siècles. Il a cependant vu, dans la deuxième moitié du XIXe siècle l’avènement de nouveaux acteurs importants, l’Italie libérée et réunifiée et l’Empire allemand sous dominatin prussienne.

Les Traités de Versailles, de St. Germain-en-Laye et de Sèvres, mirent fin ensuite en 1919/20 à la Première Guerre Mondiale et aux grands empires de l’Europe orientale, de la Russie et de l’Allemagne, ainsi qu’au démembrement de celui de l’Autriche-Hongrie. Dans le but de gérer en quelque sorte la politique mondiale et ainsi de prévenir de futurs conflits, la Société des Nations avec siège à Genève, fut fondée en 1919. Dès le début de sa création, son action fut cependant compromise par l’absence, en son sein, de grandes nations, parmi lesquelles notamment l’Union Soviétique et les Etats-Unis d’Amérique. Sa faible efficience, la dureté des conditions de paix imposées aux belligérants perdants, puis surtout la crise économique mondiale de 1929/30 conduirent à la naissance de mouvements nationalistes, voire fascistes, puis à la Deuxième Guerre Mondiale.

A la fin de cette dernière, en 1945, une nouvelle tentative de créer un organe politique à échelle mondiale fut lancée à San Francisco sous la direction des nations victorieuses, par la création des Nations Unies sous les instances et règlements desquelles nous vivons toujours encore au jour-d’hui. Si leurs activités, et encore plus celles de ses commissions, ont été et restent souvent bénéfiques et qu’elles ont notamment jusqu’à ce jour empêché toute confrontation, probablement suicidaire, entre les superpuissances nucléaires, les Nations Unies souffrent au jour-d’hui du fait de leur inertie institutionnelle. Ses institutions basées sur l’état du monde en 1945 sont le reflet de la situation à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale. Le conflit avec la réalite politique actuelle se manifeste surtout au niveau du Conseil de Sécurité, organe décisionnel principal de l’organisation. Il comprend, comme membres permanents, les cinq nations victorieuses de la guerre, les Etats-Unis d’Amérique, l’Union Soviétique, aujour-d’hui la Russie, la Chine, la Grande-Bretagne et la France. Si les trois premières sont au jour-d’hui les superpuissances principales dans le monde, le poids tant démographique que politique et économique des deux dernières, par ailleurs fortement diminué suite à la décolonisation, ne justifie plus leurs sièges permanents dans cet organe. Celles-ci devraient revenir, l’un à l’Union Européenne, l’autre à l’Inde, demain le pays le plus peuplé du monde. En parallèle, le droit de veto de ces membres permanents devrait etre supprimé afin d’eviter les blocages qui avaient surtout marqué les années de Guerre Froide, mais qui, à l’époque, empêchaient la prise de décisions contraires aux intérêts de la seule Union Soviétique, mise regulièrement en minorité par les quatre autres membres du conseil. Ce clivage et cette confrontation entre les pays capitalistes de l’occident et le seul pays communiste de l’époque ayant quasiment disparue, depuis notamment la Chute du Mur de Berlin en 1989, et qu’ils ont laissé la place à une situation politique nettement plus complexe ne justifie plus le maintien de ce droit de veto aux superpuissances de l’époque, qui leur réfère ainsi le droit de ne pas devoir se plier aux décisions de la majorité des membres.

2. SUR LE PLAN MILITAIRE

Une situation analogue à la précédente peut aujour-d’hui être observée sur le plan militaire à l’echelle mondiale. Celle-ci reflète également le résultat de la Deuxième Guerre Mondiale et de la Guerre Froide consécutive, avec, jusqu’à 1989, le face à face entre les deux superpuissances nucléaires, les Etats-Unis d’Amérique et l’Union Soviétique, ces deux avec, chacune, ses alliés ou satellites. En résultèrent, du côté occidental, la création de l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord) en 1949 à laquelle répondit, en 1955 celle du Pacte de Varsovie, qué réunissait l’Union Sovietique et les pays communistes de l’Europe de l’Est. Ces derniers, dès 1989 et la chute des régimes communistes, ont rejoint l’OTAN et le Pacte de Varsovie fut dissout en 1991. La situation générale ainsi modifiée, perdure juqu’à ce jour, avec la confrontation entre les Etats Unis d’Amérique et ses alliés regroupés toujours dans cette OTAN élargie, d’un côté, et la Russie de l’autre côté. Même si d’autres puissances comme la Chine, l’Inde et des pays fortement armés de la Péninsule Arabique entrent en jeu, l’opposition entre l’OTAN et la Russie, principales puissances nucléaires, domine encore la situation actuelle. Celle-ci est ainsi caractérisée, au sein de l’OTAN, par la très forte dépendance des états européens vis-à-vis des Etats Unis d’Amérique. Pour que ces premiers retrouvent, sur le plan militaire également, leur totale indépendance et une force égale à celle de la Russie à laquelle elle fait face, l’Union Européenne doit impérativement former sa propre armée. Dès lors, l’OTAN, créée à l’époque pour faire barrage à la menace communiste en Europe, étant ainsi devenue obsolète, devrait etre dissoute. D’autres alliances militaires verront le jour à travers le monde et correspondront mieux aux identités régionales, voire continentales. Elles repondront ainsi de meilleure façon à l’ordre mondial du jour.

3. SUR LE PLAN EUROPEEN.

Une incapacité de pouvoir s’adapter aux changements des situations géopolitiques, comparable à celle des instances mondiales frappe également l’Union Européenne. Celle-ci est institutionnalisée par le Traité de Maastricht, conclu en 1992, puis révisé par celui de Lisbonne, en 2007. Ces traités reposent sur deux hypothèses fatales qui s’avèrent aujour-d’hui contraignantes et propres à bloquer le fonctionnement de la communauté.

– la première hypothèse admet comme évident et non négociable que les états membres se rallient et se basent dans leur gouvernance aux principes fondamentaux philosophiques et éthiques de l’Union Européenne. Ceux-ci ne sont actuellement plus respectés, tant par la Pologne en ce qui concerne la séparation des pouvoirs, que par la Hongrie pour ce qui est de la liberté de la presse et d’opinion en général. Comme on doit le constater actuellement, les mesures vis-à-vis des états en cas de non-respect des fondements élémentaires de l’UE ne sont pas clairement définies et ainsi pratiquement inopérantes. Il y a cependant urgence d’y remédier et de ne pas reculer devant la mesure extrême de l’exclusion d’un état, d’autres digressions dans l’un ou l’autre des pays de l’Est de l’Europe se pointant à l’horizon.

– la deuxième hypothèse fallacieuse porte sur la durée dans le temps de l’adhésion d’un état souverain à l’union, celle-ci étant admise comme permanente. Là encore, plus que dans le cas précédent, aucune mesure à l’encontre d’une telle situation n’a été définie et intégrée dans les traités. Le BREXIT et les pénibles discussions qui en résultent, en donnent aujour-d’hui une illustration pertinente des complications et des suites qu’une telle démarche peut provoquer et perturber le fonctionnement de l’union.

Il en ira de même en ce qui concernera le démembrement éventuel de l’un ou l’autre des états-nations actuels qui composent l’UE. Des signes avant-coureurs se sont déjà manifestés en Ecosse, en Catalogne et ils risquent de revivre en Pays Basque et dans les Flandres.

4. SUR LE PLAN ECONOMIQUE.

Si dans nos démocraties occidentales l’ensemble des citoyens constituent le souverain, soit par délégation à un parlement élu, soit directement par référenda, la direction et, par là, la prise de décisions est exercée, dans les entreprises du libre marché, soit directement par le ou les propriétaires, soit par un conseil élu par une assemblée d’actionnaires ou de membres d’une coopérative. Il s’ensuit que la prise de décisison est nettement plus complexe et longue dans le cas des démocraties, au contraire des entreprises où elle peut être soit immédiate ou au moins nettement plus rapide et simple. D’autre part, ces dernières ne travaillent que dans l’intérêt et au profit des popriétaires et/ou actionnaires, tandis que les actions de tout état démocratique doivent être exercées dans l’intérêt de ses citoyens. Ces particularités qui reflètent les différences entre le monde politique et celui de l’économie avantagent très nettement ce dernier. Elles ne peuvent être amoindries ou corrigées que par des dispositions légales qui encadrent l’action des entreprises au profit et pour le bienfait des populations. L’évolution qui menace cependant actuellement l’équilibre qui devrait ainsi s’installer, réside dans la concentration de plus en plus poussée des activités économiques dans les mains d’entreprises multinationales qui, comme le nom l’indique, peuvent se situer au-dessus et en dehors des cadres juridiques des différentes nations pour ainsi les mettre en concurrence et essayer d’influencer leur politique dans le domaine économique. Cette influence est notamment exercée par les lobbyistes présents dans les différents parlements. De plus en plus, ces grandes entreprises, voire sociétés de services, actives dans leurs domaines dans la recherche et le marketing, s’introduisent, par des participations scientifiques et financières souvent bienvenues, dans les directions des universités et leurs programmes de recherches, pour les orienter ainsi vers leurs propres intérêts. Le poids des grandes entreprises et sociétés multinationales dépasse, par cette évolution, largement celui des états traditionnels de moyenne ou faible importance et il ne peut être valablement contrebalancé et encadré que par celui des grandes nations voire communautés d’états comme les Eats-Unis d’Amérique, la Chine, dans déjà une moindre mesure la Russie, l’Inde ou l’Union Européenne.

CONCLUSION.

Que ce soit sur le plan de la politique mondiale ou régionale ou sur celui des alliances militaires ou encore et surtout sur celui des relations entre politique et économie, force est de constater que les cadres et régimes institutionnaux souffrent de leur rigidité et qu’ils peinent à s’adapter, voire faire face et, en cas de bsoin, faire contrepoids aux évolutions démographiques, technologiques et économiques qui prennet un rythme de plus en plus élevé. Les éventualites des différents scénarii prévisibles pour le futur devraient influencer la rédaction des traités internationaux et ainsi y introduire la souplesse nécessaire pour pouvoir réagir a l’inattendu, mais théoriquement prévisible sans pour autant mettre en question le traité concerné dans ce qui constitue sa base et son contenu essentiel.

Hans Gutscher
Chiang Mai, 10.11.2018

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