Archive | décembre, 2019

LES RAPPORTS DE L’HOMME AVEC L’AIR, L’EAU ET LA TERRE, LES BASES ELEMENTAIRES DE SA VIE. ETAT ACTUEL ET ESQUISSE DE RAPPORTS SOUHAITABLES.

14 Déc

Les trois éléments principaux Air – Eau – Terre, conditionnent et assurent la vie humaine sur notre globe. Leur quantité et surtout leur qualité sont aujour-d’hui autant diminuées  que détériorées suite principalement à la surpopulation et aux activités humaines soumises aux lois de croissance et de profit. Ce sont ces activités qui nous intéressent ci-après en premier lieu. Nous les traiteront éléments par élément en résumant très brièvement la situation actuelle en faisant ressortir les dangers pour la survie humaine. Puis nous esquisserons des propositions qui à notre sens pourraient y apporter des remèdes et nous amener à une meilleure gestion de nos ressources naturelles. Dans nos considérations nous tiendrons compte d’un paramètre décisif qui s’est introduit dès la naissance des premières civilisations dans notre rapport avec les éléments naturels: la propriété.

L’AIR

L’atmosphère terrestre qui englobe notre planète et qui nous apporte son mélange de gaz nécessaire pour notre vie, et qui filtre le rayonnement solaire pour notre bénéfice ne connaît évidemment que des frontières symboliques. Celles-ci, principalement juridiques et correspondant aux limites territoriales politiques règlent le survol de l’espace aérien. Les flux d’air résultant des effets climatiques et météorologiques ne connaissent évidemment pas de barrières et transfèrent tant les nuages avec leurs charges pluvieuses bénéfiques ou désastreuses que des quantités d’air pollué voire même toxique d’un endroit de la terre, d’un pays ou territoire à un autre et, par ailleurs, dans l’atmosphère en général. Ce sont ces dernières qui sont et qui deviennent de plus en plus inquiétantes et qui exercent une influence néfaste sur les conditions de vie humaine sur terre. A travers le globe les zones ainsi polluées sont plus concentrées et ainsi plus préoccupantes au-dessus des grandes agglomérations, notamment en Europe occidentale et dans l’Extrême-Orient, de même qu’en Amérique du Nord au-dessus des Grands Lacs et des centres urbains des côtes Nord-Est et de Pacifique.

Compte tenu de l’absence dans l’air de frontières et de compartimentages, il n’y a, pour pallier à ces problèmes lanscinants de pollution que des conventions et règlements à l’échelle globale. Ceux-ci donnent lieu depuis plus de vingt ans déjà à des réunions mondiales dont les résultats sont par leur caractère de compromis plutôt décevants. Quand elles aboutissent comme à Paris en 2015 à une convention et un engagement global, les signatures par la presque totalité des pays ne garantissent hélas jamais ni le respect ni surtout le suivi des engagements pris. Dans ce domaine comme dans bien d’autres qui de plus en plus compromettent la vie sur terre, il y aurait lieu d’instaurer une juridiction pénale telle qu’elle existe pour les crimes de génocide et, en général, de crimes dits « contre l’humanité ». Comme le Tribunal Pénal International (TPI) à La Haye, un tribunal analogue sous l’autorité des Nations Unies devrait être constitué et accompagné d’un collège d’experts mondialement reconnus pour traiter et juger des crimes d’ordre écologique contre l’humanité.

L’EAU

Si pour l’air il n’existent pratiquement que des frontières juridiques de survol, pour l’eau qui est déjà reliée à la surface de la terre celles-ci existent bel et bien, notamment pour les cours d’eau intérieurs à la terre, ainsi pour les rivières, les lacs et les canaux créés par l’humain. Des frontières sont tracées au milieu des surfaces d’eaux, fluviales ou lacustres qui séparent deux pays, mais également dans les mers et les océans où les différents pays étendent leurs eaux territoriales sur une distance fixée par eux-mêmes (pour la France: 12 milles). Comme l’air, mais à l’intérieur de leurs cours fixés par la nature les voies d’eaux transportent un nombre d’effluents souvent toxiques de même que des déchets qui couvrent des surfaces d’eau parfois impressionnantes. Ces déchets soit aboutissent dans les océans soit qu’ils s’infiltrent dans les nappes souterraines et polluent ainsi la terre environnante.

Comme pour les crimes écologiques liés à l’air, ceux liés à l’eau, le même tribunal international devrait être constitué et entrer en action. Celui-ci pour la partie relative à l’eau devrait également trancher les différends résultant des problèmes interétatiques des barrages qui à bien des endroits dans le monde comme par exemple dans la vallée du Mekong perturbe, voire même menace l’écosystème liée à ce fleuve qui est vital surtout pour les pays situés en aval du fleuve comme le Cambodge et surtout le Vietnam.

LA TERRE

Pour la terre la situation et les problèmes sont beaucoup plus compliqués que pour les deux premiers éléments puisque la propriété du sol les conditionnent dans une large mesure. Celle-ci s’est développée sur terre dès le début de l’agriculture et de la création d’habitats fixes et consécutivement de premières cultures urbaines. Petit à petit elle a entraîné comme suite logique une répartition des richesses et de pouvoirs économiques et politiques et ainsi une structuration de la société humaine. Aujour-d’hui suite notamment à la surpopulation de notre planète, les écarts entre les couches sociales qui se sont ainsi formées deviennent quasiment abyssaux tant entre les individus qu’entre les entreprises et sociétés et des états mêmes. Sur le plan économique ils se manifestent par un écart de plus en plus grand entre sociétés multinationales et petites et moyennes entreprises individuelles ou collectives. Sur le plan politique, et de longue date, l’histoire a créé puis fait disparaître des empires qui dominaient et qui dominent voire même absorbent des pays limitrophes. Ainsi la propriété terrienne est devenue la base essentielle de richesse et de pouvoir, à tel point que déjà vers le milieu du XIXe siècle le philosophe français Pierre-Josephe Proudhon a formulé sa célèbre phrase: « La propriété, c’est le vol ».

Il serait évidemment utopique que de croire que l’on pourrait résoudre le problème des déséquilibres et de la surexploitation de la terre par une simple et, par son caractère radical, révolutionnaire expropriation de toutes les propriétés privées. L’histoire et, en son sein, l’expérience de la révolution communiste tant en Union Soviétique que dans la Chine Populaire de Mao Tse Tung a démontré les résultats catastrophiques d’un tel bouleversement. Les mesures envisageables, pour justement ne pas être révolutionnaires, sont forcément progressives et distinctes selon la nature de la propriété. Nous distinguons ainsi:  1. la propriété privée de terrains appartenant à des particuliers,  2. la propriété privée de terrains appartenant à des sociétés ou coopératives,  3. la propriété privée de terrains dont le soussol est exploité ou exploitable dans le futur,  4. la propriété privée de terrains d’intérêt culturel général, soit par leur site particulier, soit par la valeur des aménagements historiques construits.

Si maintenant le dernier groupe 4 est normalement régie par la legislation en vigueur concernant la protection des monuments et des sites, allant du cadre local jusqu’au patrimoine culturel mondial protégé par l’UNESCO, les autres catégories de propriété privée 1 – 3 soulèvent la question générale de leur rapport avec les instances politiques censées les règler et surveiller. Partant d’une situation idéale mais parfaitement utopique d’un remplacement pur et simple de la propriété privée par un droit de superficie limité dans le temps et renouvelable, octroyé et surveillé par ailleurs par les instances politiques concernées, nous ne pouvons qu’esquisser des procédures qui permettraient de s’y rapprocher petit à petit. Ces procédures selon catégories pourraient se présenter comme suit:

Nous commençons par la dernière catégorie no. 3 dont le cas est le plus simple a règler: S’agissant  de propriétaires de terrains qui par leur activité et leur importance contribuent pour leur plupart largement à la pollution environnementale il y aurait lieu, dans l’intérêt de la communauté, de nationaliser  ces terrains.

Il peut y être de même pour les terrains appartenant à des sociétés privées d’importance capitale pour leur impact sur l’aménagement du territoire local ou régional.

Les petites et moyennes entreprises propriétaires de terrains devraient être traités à l’identique comme les particuliers de la première catégorie. Pour ces petits propriétaires la procédure envisageable représente certainement le cas le plus difficile. Il ne peut en effet pas être question d’exproprier ces particuliers, mais plutôt de créer des conditions et des mécanismes économiques, mais surtout politiques et juridiques qui inciteraient ces propriétaires à échanger leur titre de propriété contre un droit de superficie, le terrain même devenant propriété de la communauté, commune ou région.

Il est évident que pour l’ensemble de ces catégories tout cas de pollution des terres devra être traité par le même tribunal pénal international contre les crimes d’ordre écologique contre l’humanité comme cela est esquissé ci-dessus pour l’air et l’eau.

CONCLUSION

En conclusion, pour pallier aux menaces de détérioration qui pèsent sur les trois éléments air – eau – terre, nous avons ci-dessus esquissé les trois procédures qui nous paraissent pouvoir constituer une réponse au moins partielle à ce problème crucial puisqu’existentiel pour l’humanité. Elles sont résumées comme suit :

  • création d’un tribunal pénal international sous l’égide de l’ONU et en analogie avec le TPI existant contre les génocides, pour traiter les crimes d’ordre écologique contre l’humanité.
  • nationalisation de tous les terrains appartenant à des sociétés d’importance régionale ou internationale, notamment celles dont l’activité porte sur l’exploitation des richesses naturelles, puis octroi d’un droit de superficie limité dans le temps aux conditions dont le respect et le suivi devraient être strictement controlés.
  • création sur le plan politique de mesures d’incitation aux particuliers d’échanger leur propriété privée contre un droit de superficie tel que proposé ci-dessus.

 

Chiang Mai, le 14 décembre 2019

Hans Gutscher, politorg.blog

 

 

 

 

LES DEUX ATTITUDES QUI MENACENT NOTRE MONDE PRINCIPALEMENT: L’ILLUSION DE SURVIE ET LE DIKTAT DE LA CROISSANCE

7 Déc
  1. L’ILLUSION DE SURVIE

Si pour tous les composants de notre environnement, qu’ils soient naturels ou manufacturés, voire simplement conçus par l’humain, nous reconnaissons et admettons leur finitude comme seule vérité incontestable dans notre univers, l’humain, en ce qui concerne sa propre existence et sa base vitale, s’étendant jusqu’y compris souvent même son cadre politique et social, a beaucoup de mal à  l’admettre. Le néant, inimaginable par définition, est difficilement admissible comme fin et aboutissement de sa propre vie. Ainsi l’humain, à travers ses différentes religions s’est imaginé un au-delà comme cadre pour une vie après la mort. Les croyances qui se sont développées sur cette base ont souvent servi et servent encore aux différentes églises ou congrégations et en premier lieu à leurs dirigeants à dominer leurs ouailles et à conditionner leur vie. A ce titre la promesse formulée par la doctrine chrétienne qui prône que « les derniers seront dans l’au-delà les premiers et les premiers les derniers » a certainement atteint le sommet du cynisme et elle a permis à d’innombrables dirigeants, ecclésiastiques, voire même politiques, de dominer et exploiter leurs sujets.

Cette croyance de survie s’étend pour la plupart des humains à leur cadre de vie et à notre planète dans son ensemble. Qui parmi le commun des mortels peut et est prêt à s’imaginer la dissolution de sa patrie, de sa couche sociale ou de l’organisation administrative qui sont les siens et auxquels il s’identifie?

En ce qui concerne cependant l’environnement naturel dans lequel nous vivons, la récente evolution qui de plus en plus et de plus en plus rapidement arrive jusqu’à compromettre la base de toute vie sur terre, elle nous amène à admettre et entrevoir la finitude de toute vie sur la planète et ainsi aussi, mais de façon très abstraite, de la nôtre. Cette échéance probable paraît toutefois aujour-d’hui aussi lointaine que l’écrasante majorité d’entre nous ne se sent pas concernée personnellement et beaucoup se réfugient dans la simple négation des faits alarmants, pourtant vérifiés et analysés par le monde scientifique, pratiquement dans son ensemble.

2. LE DIKTAT DE LA CROISSANCE

La planète Terre dans sa forme géométrique, par sa surface développée, par sa substance et son contenu est limitée et sa qualité de subsistance vitale pour les plantes, pour les animaux et pour les humains qui y vivent, dépend d’un équilibre vulnérable. En contradiction totale à cette vérité pourtant évidente et simple, l’humain s’est soumis, poussé par ailleurs par ses dirigeants tant politiques que religieux et économiques, au dogme de croissance et ce qui est pire, de croissance purement mathématique, donc quantitative, rarement qualitative.

Cette tendance fatidique s’est accentuée depuis l’industrialisation, puis surtout dans des proportions dramatiques depuis le néolibéralisme promu dès les années 1980 par les deux leaders anglosaxons Ronald Reagan et Margaret Thatcher. Tous les résultats, financiers s’entend bien, d’une société commerciale doivent augmenter d’année en année, de même que le PIB de chaque pays. Le rendement de tout collaborateur doit progresser constamment. La vente d’un produit quelconque doit s’inscrire dans une courbe ascendante. Cette tendance va jusqu’au domaine sportif où un athlète est astreint à dépasser ses performances d’une compétition à l’autre. Toute courbe d’évolution inversée dans n’importe quel domaine, est considérée pratiquement comme une déconvenue à corriger au plus vite, voire, sur le plan individuel, à simplement éliminer.

Ainsi ce capital précieux, la Terre, qui nous est confié avec ses produits naturels est exploité au-delà de ses potentialités et nous arrivons aujour-d’hui à consommer les produits annuels que nous pouvons en tirer, comparables aux intérêts sur un capital, de plus en plus tôt dans l’année, actuellement au début du mois d’aôut! Au delà de cette date nous consommons en quelque sorte une part du capital même. N’importe quel capitaliste, et par le système dominant nous le sommes tous, actifs ou passifs, devrait se rendre à l’évidence de l’aberration et du danger existentiel d’une telle situation.

3  CONCLUSION

L’humain d’ aujour-d’hui, enfermé dans ces deux dogmes, pourtant contradictoires, la négation de la finitude de sa propre existence, tant sur le plan individuel que celui de l’espèce, et sa dépendance du diktat de la croissance dans tous les domaines, se rend petit à petit compte de ce dilemme pratiquement insoluble. Pour en sortir, les mesures qui s’imposent paraissent cependant, dans l’état actuel du monde, plutôt irréalisables. Elles peuvent être résumées comme suit:

  • Abandon des croyances fallacieuses qui promettent à l’humain une vie après la mort. Acceptation de la finitude de notre vie et, par là, concentration sur celle-ci et non, comme y sont invités notamment les adeptes des religions chrétienne et musulmane, sur une vie après la mort, fictive et inventée de toutes pièces.
  • Rejet du dogme de la croissance et du consumérisme consécutif qui y est lié. Recherche d’une augmentation qualitative de notre vie , sur les plans culturel et social notamment.
  • Frein de la surpopulation avec toutes ses conséquences désastreuses comme l’appauvrissement, l’insalubrité des quartiers pauvres  avec leurs suites de création de taudis, d’épidemies, d’illétrisme et en général, de la surconsommation liée au nombre.
  • Renforcement des pouvoirs politiques au détriment de ceux de l’économie globalisée et, particulièrement, des grandes multinationales. Rendons à la politique et, par elle, aux populations qu’elle représente, le pouvoir de décision sur la totalité des problèmes à résoudre dans le monde.

 

Hans Gutscher

Doi Saket, le 7 decembre 2019