LES DEUX ATTITUDES QUI MENACENT NOTRE MONDE PRINCIPALEMENT: L’ILLUSION DE SURVIE ET LE DIKTAT DE LA CROISSANCE

7 Déc
  1. L’ILLUSION DE SURVIE

Si pour tous les composants de notre environnement, qu’ils soient naturels ou manufacturés, voire simplement conçus par l’humain, nous reconnaissons et admettons leur finitude comme seule vérité incontestable dans notre univers, l’humain, en ce qui concerne sa propre existence et sa base vitale, s’étendant jusqu’y compris souvent même son cadre politique et social, a beaucoup de mal à  l’admettre. Le néant, inimaginable par définition, est difficilement admissible comme fin et aboutissement de sa propre vie. Ainsi l’humain, à travers ses différentes religions s’est imaginé un au-delà comme cadre pour une vie après la mort. Les croyances qui se sont développées sur cette base ont souvent servi et servent encore aux différentes églises ou congrégations et en premier lieu à leurs dirigeants à dominer leurs ouailles et à conditionner leur vie. A ce titre la promesse formulée par la doctrine chrétienne qui prône que « les derniers seront dans l’au-delà les premiers et les premiers les derniers » a certainement atteint le sommet du cynisme et elle a permis à d’innombrables dirigeants, ecclésiastiques, voire même politiques, de dominer et exploiter leurs sujets.

Cette croyance de survie s’étend pour la plupart des humains à leur cadre de vie et à notre planète dans son ensemble. Qui parmi le commun des mortels peut et est prêt à s’imaginer la dissolution de sa patrie, de sa couche sociale ou de l’organisation administrative qui sont les siens et auxquels il s’identifie?

En ce qui concerne cependant l’environnement naturel dans lequel nous vivons, la récente evolution qui de plus en plus et de plus en plus rapidement arrive jusqu’à compromettre la base de toute vie sur terre, elle nous amène à admettre et entrevoir la finitude de toute vie sur la planète et ainsi aussi, mais de façon très abstraite, de la nôtre. Cette échéance probable paraît toutefois aujour-d’hui aussi lointaine que l’écrasante majorité d’entre nous ne se sent pas concernée personnellement et beaucoup se réfugient dans la simple négation des faits alarmants, pourtant vérifiés et analysés par le monde scientifique, pratiquement dans son ensemble.

2. LE DIKTAT DE LA CROISSANCE

La planète Terre dans sa forme géométrique, par sa surface développée, par sa substance et son contenu est limitée et sa qualité de subsistance vitale pour les plantes, pour les animaux et pour les humains qui y vivent, dépend d’un équilibre vulnérable. En contradiction totale à cette vérité pourtant évidente et simple, l’humain s’est soumis, poussé par ailleurs par ses dirigeants tant politiques que religieux et économiques, au dogme de croissance et ce qui est pire, de croissance purement mathématique, donc quantitative, rarement qualitative.

Cette tendance fatidique s’est accentuée depuis l’industrialisation, puis surtout dans des proportions dramatiques depuis le néolibéralisme promu dès les années 1980 par les deux leaders anglosaxons Ronald Reagan et Margaret Thatcher. Tous les résultats, financiers s’entend bien, d’une société commerciale doivent augmenter d’année en année, de même que le PIB de chaque pays. Le rendement de tout collaborateur doit progresser constamment. La vente d’un produit quelconque doit s’inscrire dans une courbe ascendante. Cette tendance va jusqu’au domaine sportif où un athlète est astreint à dépasser ses performances d’une compétition à l’autre. Toute courbe d’évolution inversée dans n’importe quel domaine, est considérée pratiquement comme une déconvenue à corriger au plus vite, voire, sur le plan individuel, à simplement éliminer.

Ainsi ce capital précieux, la Terre, qui nous est confié avec ses produits naturels est exploité au-delà de ses potentialités et nous arrivons aujour-d’hui à consommer les produits annuels que nous pouvons en tirer, comparables aux intérêts sur un capital, de plus en plus tôt dans l’année, actuellement au début du mois d’aôut! Au delà de cette date nous consommons en quelque sorte une part du capital même. N’importe quel capitaliste, et par le système dominant nous le sommes tous, actifs ou passifs, devrait se rendre à l’évidence de l’aberration et du danger existentiel d’une telle situation.

3  CONCLUSION

L’humain d’ aujour-d’hui, enfermé dans ces deux dogmes, pourtant contradictoires, la négation de la finitude de sa propre existence, tant sur le plan individuel que celui de l’espèce, et sa dépendance du diktat de la croissance dans tous les domaines, se rend petit à petit compte de ce dilemme pratiquement insoluble. Pour en sortir, les mesures qui s’imposent paraissent cependant, dans l’état actuel du monde, plutôt irréalisables. Elles peuvent être résumées comme suit:

  • Abandon des croyances fallacieuses qui promettent à l’humain une vie après la mort. Acceptation de la finitude de notre vie et, par là, concentration sur celle-ci et non, comme y sont invités notamment les adeptes des religions chrétienne et musulmane, sur une vie après la mort, fictive et inventée de toutes pièces.
  • Rejet du dogme de la croissance et du consumérisme consécutif qui y est lié. Recherche d’une augmentation qualitative de notre vie , sur les plans culturel et social notamment.
  • Frein de la surpopulation avec toutes ses conséquences désastreuses comme l’appauvrissement, l’insalubrité des quartiers pauvres  avec leurs suites de création de taudis, d’épidemies, d’illétrisme et en général, de la surconsommation liée au nombre.
  • Renforcement des pouvoirs politiques au détriment de ceux de l’économie globalisée et, particulièrement, des grandes multinationales. Rendons à la politique et, par elle, aux populations qu’elle représente, le pouvoir de décision sur la totalité des problèmes à résoudre dans le monde.

 

Hans Gutscher

Doi Saket, le 7 decembre 2019

 

Laisser un commentaire