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LA LIBERTE INDIVIDUELLE: ESSAI D’UN ETAT DES LIEUX

4 Août

Précisons d’emblée que les réflexions qui suivent portent sur la seule liberté de l’individu dans ses relations avec les autres au sein de la société humaine. Elles ne se prononcent donc pas sur la liberté intérieure de l’humain, son indépendance vis-à-vis de ses désirs, de ses choix personnels et de ses conditions de vie physiques et mentales. Dans les deux cas de libertés, cependant, pour sa liberté en société comme pour sa liberté intérieure personnelle, elles appellent, pour se développer et pour s’affirmer, à l’acceptation de limites et de contraintes librement consenties. Autrement dit, il ne peut avoir de liberté sans la discipline qui doit être principalement basée sur le respect des libertés des autres.

L’article IV de la « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen » d’août 1789 précise bien : « La liberté consiste à faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ».

Si nous regardons maintenant la situation actuelle de la liberté de l’humain dans ses rapports avec les autres, nous distinguons ci-après dans ses relations les aspects suivants:

liberté et nombre, liberté et anonymat, liberté et économie, liberté et formation, liberté et information.

LIBERTE ET NOMBRE

Si comme cela est précisé dans la « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen » précitée, la liberté de chaque humain se limite au point de rencontre avec celle de l’autre, il est évident que, sur un plan purement mathématique, le champ que l’on peut ainsi attribuer à la liberté de chacun diminue en fonction de l’accroissement de la population sur une surface donnée et limitée, celle de la terre. Les effets de la surpopulation se traduisent également dans le choix des régimes politiques qui nous mènent petit à petit, à travers le monde et sous différentes formes, vers des régimes autoritaires, à première vue seules capables de gérer avec efficacité des entités politiques aux populations en surnombre.

Déjà Montesquieu précisa dans son « Esprits des lois » que la démocratie comme système politique ne pouvait s’adapter qu’aux communautés politiques de petite taille. Or, comme ces dernières, là où elles existent encore, sont de plus en plus menacées dans leur survie, elles ont tendance à disparaître, sauf si les grandes entités politiques ne sauront se recomposer de petites unités, régions ou départements. Celles-ci gouvernées démocratiquement, délègueraient volontairement les grandes décisions à l’entité politique supérieure à laquelle elles auraient librement consenti d’appartenir.

En conclusion pour cet aspect, force est de constater que le nombre croissant des humains sur la terre comporte le risque de voir leur liberté diminuée, voire même menacée pour l’essentiel.

LIBERTE ET ANONYMAT

La préservation de son anonymat à l’intérieur de la société humaine, c’est-à-dire sa liberté de mouvement et de pensée, représente une partie essentielle de la liberté de l’humain. Avec l’évolution technique des procédés et des équipements de surveillance, amplement mis en pratique par les autorités politiques à travers le monde entier, cette partie essentielle de la liberté individuelle est de plus en plus diminuée et le contrôle de ses mouvements, comportements et actions de plus en plus renforcé. Les caméras et les logiciels dits de « traçage » rendent notre vie quotidienne transparente et ainsi soumise à une surveillance permanente et efficace au profit d’autorités de moins en moins respectueuses de la liberté de l’individu, liberté qui risque,  pour certaines,  de les déranger dans leur volonté de gouvernance totalitaire.

LIBERTE ET ECONOMIE

De simple sujet devenu, au cours des derniers siècles citoyen responsable, ceci au moins dans le monde occidental, l’être humain, sous l’influence de plus en plus écrasante des puissances économiques qui en réalité gouvernent le monde, est ramené successivement au simple rôle de consommateur de leur produits. Les espaces de rencontres sociales, autrefois représentés par les places publiques, lieux de culte et de culture, sont, sous cette influence et hélas, avec un succès indéniable, déplacés vers les centres commerciaux où l’échange d’idées et d’opinions laisse forcément la place à celui d’achat  et de vente de biens de consommation. Ceux-ci, dans bien des secteurs et notamment celui de l’informatique sont conçus, par la précarité des matériaux utilisés et par leur formatage intelligent, de telle sorte que leur remplacement devient inévitable à une cadence de plus en plus rapprochée.

LIBERTE ET FORMATION

Si normalement un être humain développe son identité par la connaissance et la confrontation d’idées et de pensées diverses, en partant de celles qui lui sont transmises d’abord dans son foyer parental, puis à l’école, il les confronte ensuite avec d’autres venues d’ailleurs pour se créer sa propre pensée. Aujour-d’hui, dans le but décrit ci-dessus, les disciplines scolaires qui sont à la base du développement d’un individu sur le plan intellectuel, comme le sont la philosophie, l’histoire, la sociologie et les disciplines créatives, donc artistiques, sont soit ramenées à un strict minimum, soit carrément supprimées. Par ce bais-là, l’être humain est formé pour devenir l’outil manuel ou intellectuel au service des puissances économiques, et en même temps et avant tout, le consommateur  de leurs produits.

Aujour-d’hui cette démarche englobe même le domaine de la santé dont tous les intervenants, de la simple infirmière jusqu’au médecin et au responsable politique concerné, oeuvrent de plus en plus au profit moins des malades que des industries médicales et pharmaceutiques qui les rendent habilement dépendants de leurs productions.

LIBERTE ET INFORMATION

La mainmise des puissances économiques sur les domaines de la consommation et de la formation s’étend également sur celui de l’information. Celui-ci est de plus en plus uniformisé et alimenté depuis des agences de distribution de nouvelles et de leurs commentaires financées et ainsi controlées par les puissances économiques. Elles sont dotées de journalistes engagés par celles-mêmes et mis ainsi sous leur obédiance. Par ailleurs, les supports de l’information et de sa distribution étant largement financés par les annonces publicitaires, ceci les rend directement dépendants de ces mêmes puissances économiques.

CONCLUSION

Les quelques réflexions figurant ci-dessus mettent en évidence que nos libertés individuelles à l’intérieur de la société humaine sont gravement menacées par la surpopulation d’un côté, puis par la mainmise de plus en plus accrue et déterminante des puissances économiques sur les centres décisionnels du monde entier. Quand certaines statistiques démontrent que la fortune individuelle de l’un ou de l’autre des acteurs principaux à l’intérieur des puissances économiques dépassent les budgets annuels de certains pays, notamment africains, il est évident que leur pouvoir prend des dimensions inquiétantes pour le bien-être de la société humaine. Pour celui-ci seul un sursaut populaire sur le plan politique et aux dimensions mondiales, accompagné d’un sérieux frein à la surpopulation de la terre, pourrait renverser cette évolution désastreuse et rendre à nous tous cette liberté en voie de perdition.

Mais n’en sommes nous encore capables ?

 

Hans Gutscher

Doi Saket, Chiang Mai, 04 . 08. 2020