Compléments apportés le 19 mars 2023, un peu plus d’un an après le déclenchements de la guerre en Ukraine.
Imaginons que des générations futures pourront lire sur les réseaux du savoir que l’année 2022 et la fin de la Guerre d’Ukraine apportèrent, à travers le monde entier, le déclin définitif et puis la fin de la suprématie de l’homme blanc, suprématie qui avait débuté avec la découverte ou plutot l’invasion des Amériques par les Européens, puis qui s’est affirmée par la colonisation successive par ces derniers de la presque totalité du globe.
Aujour d’hui, deux mois après le début de cette guerre meurtrière et fratricide. il y a en effet de premiers constats qui se précisent et qui nous dirigent vers cette hypothèse initiale que seul l’avenir saura soit confirmer, soit infirmer.
Ces constats sont les suivants:
L’effet des sanctions exercées, sous le diktat des Etats-Unis d’Amerique, par les pays Européens envers la Russie, après avoir durement touché cette dernière, vont se retourner contre leurs initiants et, parmi eux, en premier lieu contre le pays Européen le plus puissant, l’Allemagne.
Par ailleurs, ces sanctions , profitent dans l’immédiat et en premier lieu aux Etats-Unis d’Amérique qui pourront dans une large mesure compenser les fournitures de gaz naturel Russe aux Européens par leur gaz de schiste, nettement plus onéreux et polluant. Ils verront par ailleurs d’un bon oeil les scissions qui vont apparaître très prochainement dans l’Union Européenne, une réunion d’états qu’ils ont toujours crainte et combattue et qu’ils continuent de saboter par tous les moyens à leur disposition.
L’Union Européenne paraîtra en effet comme la grande perdante de cette guerre insensée et elle subira la désunion consécutive aux effets de retour des sanctions qui frapperont diversément ses membres et affirmeront ainsi leur différences d’intérêt, et qui sont déjà en train d’entrainer inflation et appauvrissement et, par là, un mécontentement explosif parmi les populations durement touchées par cette évolution. De plus, une éventuelle intégration de l’Ukraine, pays gangrène par la corruption et soumis au diktat de ses oligarches et des milieux politiques ultranationalistes, pour ne pas dire fachistes, affaiblirait considérablement l’union et renforcerait en son sein le poids centrifuge des états de l’Europe de l’Est, pays ex-communistes qui ne se reconnaissent guère dans les valeurs républicaines et démocratiques qui font le fondement de l’Union Européenne.
La Russie, pour contrecarrer l’effet, dans un premier temps désastreux des sanctions, développe et met en priorité ses relations économiques avec les pays asiatiques, dont en premier avec la Chine, mais également avec l’Inde. Ainsi la Russie, qui, à travers son histoire a toujours créé le lien entre les deux continents, l’Europe et l’Asie, s’oriente maintenant sous la pression occidentale vers cette dernière, tant sur le plan des relations économiques et politiques, que notamment aussi sur celui des relations financières. Lorsque ses dirigeants demandent aux pays Européens de payer les fournitures de gaz naturel en roubles ou en or, ils le font certainement en concertation et avec l’appui de la Chine qui est en train d’élaborer un nouveau système monétaire international basé sur le Yuan et non plus, suivant le système actuel, sur le dollar US qui, de toute façon, ne répond plus, et depuis longtemps, aux paramètres de son rôle de monnaie directrice du monde tel que fixé en 1944 par les Accords de Bretton Woods, déjà amendés en 1971 par la suppression de la convertibilité du dollar en or.
Par ce processus, le centre du monde, situé depuis la fin des deux guerres mondiales de part et d’autre de l’Atlantique du Nord, se déplacera dans le coeur de l’Asie autour d’un triangle Pekin – Delhi – Moscou, avec un rôle prépondérant pour la Chine, première force économique de ce centre. Cette mise en concurrence de deux systèmes monétaires internationaux pourrait, dans un avenir plus ou moins proche, profiter au deuxième qui réunit, en son sein, une population près de la moitié de la totalité mondiale et une quantité impressionnante des ressources naturelles de la terre, à laquelle s’ajouteraient probablement celles de pays limitrophes tels que l’Iran, la Turquie et les pays du Sud-Est Asiatique.
Il n’est ainsi guère utopique d’envisager, à court ou moyen terme, le déclin, puis la disparition de la suprémacie, à travers le monde, de l’Occident, donc de l’homme blanc, de ses valeurs et de sa civilisation et ainsi aussi, hélas, de la démocratie.
COMPLEMENTS APPORTES LE 19 MARS 2023:
- concernant la guerre même:
Celle-ci s’est transformée en guerre d’usure avec un front presque figé depuis plusieurs mois déjà, au centre duquel une bataille féroce et lourde en pertes humaines et matérielles fait rage autour de la ville de Bachmuth. Cette bataille fait singlièrement penser à celle autour de Verdun qui, en 1916 se déroula dans le cadre de la Première Guerre Mondiale.
Le raidissement du front met en faces, du côté de l’Ukraine une armée apparemment bien organisée et formée de volontaires autochtones qui défendent âprement leur patrie, une armée dotée depuis l’extérieur d’armes de haute technologie, et de l’autre côté une armée manifestement mal organisée et insuffisamment équipée, composée, en plus, de militaires pour leur plupart nouvellement recrutés et a peine formés, provenant pour une grande partie d’entr’eux de régions limitrophes de la Russie, des provinces orientales de la Sibérie autant que du Caucase. Nous sommes ainsi en présence d’un affrontement entre deux forces très différentes, la première qui doit s’appuyer sur sur des moyens techniques et financiers provenant des pays occidentaux, mais qui par ailleurs peut compter sur l’engagement infaillible de ses militaires, une armée donc qui dépend de la qualité, celle de ses moyens humains et matériels qui cependant ne sont pas inépuisables, en face de la deuxième force qui peut s’appuyer sur son nombre nettement supérieur, tant en moyens matériels qu’en ses sources humaines. Il y a fort risque qu’en cas de prolongement important de cette guerre, l’avantage penchera du côté de cette deuxième force, la Russie.
2. concernant les sanctions économiques et financières:
Ces sanctions exercées à l’encontre de la Russie se sont retournées, comme cela était prévisible dès le début et relevé déjà dans mon texte d’avril 2022, contre les pays occidentaux à l’exception des Etats-Unis d’Amérique, instigateurs de ces sanctions, et qui en profitent largement. Le domaine dans lequel l’effet néfaste de ces sanctions se manifeste le plus cruellement est celui des approvisionnements énergétiques où les pays européens sont maintenant contraints d’acheter des sources d’énergies au prix fort, pour certaines carrément multiplié depuis le début de cette guerre, produits qui proviennent tant des Etats-Unis d’Amérique, sous forme de gaz de schiste, qu’à travers de pays acheteurs intermédiaires, comme l’Inde ou les Pays du Golfe, sou forme de pétrole ou de gaz, souvent en provenance, comble de l’ironie, de la Russie même.
3. concernant la fourniture d’armements depuis les pays occidentaux:
Il est évident que ces fournitures d’armes et d’équipements de haute technologie, allant de pair avec des soutiens financiers importants, sont essentiels pour l’armée Ukrainienne dans son combat contre l’envahisseur Russe. Leur coût exorbitant pèse lourdement dans les budgets des pays occidentaux et il est financé au détriment d’autres postes budgétaires essentiels pour le bien-être des pays et de leurs populations, tels que ceux relatifs à la santé publique, à l’enseignement, à la recherche et aux infrastructures. Cette incidence provoquera et, par endroits, provoque déjà un appauvrissement des pays donateurs et de leurs populations et, en conséquence, des troubles sociaux perturbateurs et néfastes pour l’économie et, ainsi, l’avenir de ces pays.
4. concernant la situation géopolitique globale:
La réorientation de la Russie qui détient sur le marché mondial une part prédominante des ressources naturelles, vers l’Asie aura et a déjà maintenant des répercussions importantes sur la situation géopolitique globale. Les grands circuits d’approvisionnements en matières premières autant qu’en produits manufacturés s’inscrivent de plus en plus dans un triangle Pékin – Moscou – Delhi, avec des prolongements, à l’Est, vers le Sud-Est Asiatique et l’Océanie, à l’Ouest, vers le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Europe. Par ailleurs le regroupement des pays du BRICS va s’agrandir et prendre de plus en plus de poids sur le plan global, des pays importants comme l’Algérie, l’Argentine et l’Indonésie ayant déjà fait acte de candidature. Ce renforcement d’une nouvelle alliance économique trouve aussi son pendant dans la tentative de se libérer du diktat de l’US-dollar grâce aux Accords de Bretton Woods et d’établir un système monétaire concurrentiel, basé principalement sur le Yuan Chinois.
EN CONCLUSION, NOTONS QUE L’EFFET PRINCIPAL DE CETTE GUERRE FRATRICIDE QUI SECOUE L’UKRAINE, SERA UNE REORGANISATION GEOPOLITIQUE EN PROFONDEUR AVEC LE DEPLACEMENT DU CENTRE DU MONDE DE L’ATLANTIQUE VERS L’ASIE.
Hans Gutscher
Doi Saket, Thailand, le 23.04.2022
puis complété et révisé le 19. mars 2023