CHINE – ETATS-UNIS D’AMERIQUE: DEUX MONDES QUI S’AFFRONTENT.

19 Juil

Le futur de notre monde sera marqué, à n’en pas douter, par la confrontation entre les deux superpuissances du moment, la Chine et les Etats-Unis d’Amérique. Afin de mieux comprendre cette situation préoccupante et dangereuse pour l’éqilibre et la paix dans le monde, il est important de se pencher sur les particularités de chacun des deux pays et par là, d’essayer de connaître leurs attitudes et leur comportements vis-à-vis des autres pays du globe. Ces particularités résultent de leur situation géographique, de leur histoire et culture ainsi que de leur bases religieuses et idéologiques. Elles conditionnent en effet la nature de leurs relations avec le monde extérieur.

Le comparatif ci-dessous se propose de dresser la liste de ces particularités, puis en conclusion, d’esquisser une évolution possible de ce conflit qui influence si profondément la paix dans le monde

SITUATION GEOGRAPHIQUE ET CLIMATIQUE:

CHINE : La Chine dans son étendue actuelle occupe à l’extrémité orientale de l’Asie un large plateau parcouru par les deux fleuves principaux, le Fleuve Jaune et le Yangzi. Ce plateau, en quelque sorte à deux étages, dont à l’Ouest la partie haut-perchée Tibétaine forme l’étage supérieur, trouve ses frontières naturelles au Sud avec la chaîne de l’Himalaya et ses prolongements vers le Sud-Est, vers la Birmanie et vers l’ancienne Indochine, puis sur son flanc oriental par la Mer de Chine. Par contre il ne rencontre pas de limite naturelle sur son flanc Nord, vers les plateaux immenses de la Mongolie et de la Sibérie, si ce n’est lelong des larges zones désertiques, notamment celle du Désert de Gobi que la Chine partage avec la Mongolie.

La situation climatique résulte de cette disposition topographique, avec au Nord et à l’Ouest un climat à saison chaude et pluvieuse de printemps à fin d’automne et une saison sèche et extrèmement froide en hiver quand les vents soufflent depuis la Sibérie, puis à l’Est et au Sud-Est avec un climat tempéré, voire chaude dans sa partie australe, avec des pluies venant du Sud-Ouest durant toute l’année.

ETATS-UNIS D’AMERIQUE : Ce pays occupe la partie Nord du continent américain sur toute sa largeur et profite ainsi de frontières naturelles sur toute la longueur des côtes, tant à l’Ouest par l’ Océan Pacifique qu’à l’Est par l’Océan Atlantique, De même sur sa limite Sud il touche sur la majeure partie de sa longueur le Golfe du Mexique. Ce n’est qu’au Sud-Ouest, vers le Mexique, puis surtout au Nord, sur toute la longueur de sa frontière avec le Canada que la frontière ne correspond pas à une limite naturelle, hormis, à la rigueur, au droit des Grands-Lacs. Ce pays présente ainsi en son centre un large couloir de plaines autour du fleuve Mississippi, cerné de part et d’autre de chaînes de montagnes, très élevés à l’Ouest, avec les Rocky Mountains, et à faible hauteur à l’Est, avec les Apalaches.

Le large couloir ainsi formé au centre, largement ouvert tant vers le Nord que vers le Sud, ouvre la porte aux phénomènes climatiques extrêmes et le pays souffre périodiquement tant de grands froids accompagnés d’importantes chutes de neige provenant de l’Arctique, qu’ailleurs d’ouragans tropicaux violents qui envahissent le pays depuis le Golfe du Mexique et depuis les Caraibes. Cette différence climatique trouve en quelque sorte son reflet dans les possessions extérieures des Etats-Unis, au Nord en Alaska, et au Sud dans l’Archipel de Hawaii dans l’Ocean Pacifique et de Puerto Rico dans les Caraibes.

COMPARAISON : Si du côte de la Chine, la configuration géographique incite plutôt à délimiter le pays dans un quadrilatère cerné au Sud et à l’Ouest par des hauts plateaux et plus loin par des chaines de montagnes, puis à l’Est par la Mer d Chine, la configuration du large couloir Nord- Sud des Etats-Unis présente une situation guère délimitée qui invite au mouvement et à l’expansion.

APERCU HISTORIQUE :

CHINE : A l’intérieur de l’histoire mondiale, la Chine représente une des premières civilisations dont les témoins remontent jusqu’à l’Age de Bronze. Dès le XVIIIe siècle av J.-C., avec une première dynastie, les Shang, l’Empire de Chine a trouvé, petit à petit, sa délimitation et son identité. Les siècles suivants ont vu l’alternance entre périodes stables, avec la constitution d’empires unifiés, et d’autres périodes d’instabilté et de démembrement de ces empires, puis de l’émergence de petits états combattants d’oû sortit chaque fois, une nouvelle dynastie règnante. Ce grand pays était donc durant toute son histoire périodiquement perturbé tant par des luttes internes, qu’à l’extérieur par des guerres de défense contre les peuples voisins, les Mongoles au Nord, les Ouigours et les Tibétains au Sud-Ouest, ceci principalement dans le but d’atteindre des limites naturelles et en premier lieu, celle formée par les montagnes très élevés de l’Himalaya avec ses prolongements vers le Sud-Est Asiatique. En direction du Nord, oû des limites naturelles sont guère atteignables, les Chinois ont construit durant plusieurs siècles le fameux Mur de Chine qui cependant ne se montra guère efficace pour arrêter les invasions Mongoles, notamment celle de la fin du XIIIe siècle ap.J.-C. qui a débouché sur l’établissement sous Koubilay-Khan de la dynastie des Yuan. Les Chinois n’ont durant toute leur histoire , à quelques exceptions insignifantes près, jamais mené des guerres d’expansion au-delà de ce quadrilatère défini et finalement délimité à l’ère de la dernière dynastie, celle des Qing ou Mandchous, qui ensemble avec celle précédente des Ming ont donné à cet immense empire une stabilité, mais, par là aussi une absence sur la scène géopolitique, ailleurs si mouvementé, entre 1368 (debut de la Dynastie Ming) et le milieu du XIXe siecle. Dès ce moment, dès l’intrusion des puissances coloniales, en premier lieu celle de la Couronne d’Angleterre, ce grand empire replié sur lui-même, n’avait ni la force, ni les moyens techniques pour se défendre contre ces agressions qui culminèrent, dès 1932, dans l’invasion territoriale du pays par les Japonais. Cette nouvelle et profonde période de troubles et de luttes, tant externes contre les Japonais, qu’internes entre groupes paramilitaires combattants, n’a trouvé sa fin qu’avec la victoire de l’armée des communistes de Mao Tse-toung contre celle de Tchang Kai-chek en 1949. Depuis cette date et après une première période de troubles internes, allant jusqu’à la « Révolution Culturelle » de 1966 à 1968 le pays a trouvé, sous un régime centralisé et autocratique, en cela tout-à-fait comparable aux anciennes dynasties, son unité et son rôle géopolitique grâce à son évolution fondée sur son dynamisme technique et commercial.

ETATS-UNIS D’AMERIQUE :

L’histoire des Etats-Unis tels qu’ils existent aujour d’hui et que nous la connaissons ne remonte qu’au début du XVIe siècle ap J.C. et les colonisateurs Européens l’avaient initié à l’époque par ce qu’il faut bien considérer être le génocide le plus vaste de l’histoire, celui des Indiens d’Amérique, génocide qui s’est poursuivi jusque vers le milieu du XIXe siècle. Constituées au début pour leur plupart par des intégristes protestants les vagues successives d’immigrants Européens comprenaient de plus en plus autant de hors-la-loi que de gens pauvres, au fait dans l’ensemble, tout simplement, dans leur grande majorité les marginaux et les exclus des sociétés des différents états de la Vieille Europe, occidentale d’abord, puis aussi centrale, méridionale et orientale. Ce mouvement de colonisation, provenant de l’Europe, progressait tout naturellement de l’Est vers l’Ouest, de l’Atlantiqe vers le Pacifique. Après avoir éliminé en 1763, après sa défaite dans la Guerre de Sept Ans, la Couronne de France comme colonisatrice de le Vallée du Mississippi et devenue ainsi seule colonisatrice de cet espace, la Couronne d’Angleterre a du accorder l’indépendance aux premiers 13 états après leur Guerre d’Indépendance en 1783. En direction de l’Ouest d’autres états se sont joints à ce nouvel état fédéral pour aboutir au XIXe siècle aux 48 états membres, auxquels comme derniers venus se sont ajoutés en 1959, l’Alaska et les Iles Hawaii. Cet agrandissement s’est opéré durant tout le XIXe siècle, tant par des achats, tels que la Louisiane en 1800 à la France, de la Floride et du Texas en 1819 à l’Espagne et de l’Alaska en 1867 à la Russie, mais également par la conquête de tous les territoires au Nord du Rio Grande et lelong de la Côte Pacifique après la guerre gagnée contre le Mexique en 1848. Cet agrandissement continuel en direction de l’Ouest et en parallele son arrondissement vers le Sud, vers les limites naturelles du Golfe du Mexique s’est ainsi achevé au milieu du XIXe siècle et a constitué la configuration définitive de cette fédération d’états semi-autonomes dont cependant le pouvoir central représenté par un président élu par le peuple s’est renforcé au fil du temps et des évènements politiques. La création de ce nouvel état de dimension continentale a passé à ses débuts la dure épreuve de la guerre civile, la Guerre de Sécession de 1861 à 1865. Réunifiés et pacifiés après celle-ci, les Etats-Unis se sont développés, petit à petit, à la puissance prédominante qu’ils forment aujour d’hui, d’abord grâce à leurs richesses naturelles et l’inventivité et la vitalité de leurs habitants, puis aux conflits secouant les pays Européens, conflits qui ont abouti aux deux Guerres Mondiales dont les Etats-Unis sont sortis parmi les vainqueurs, sans avoir eu à subir les effets désastreux de ces guerres sur leur propre sol. L’implication des Etats-Unis dans les affaires internationales, déjà entamée par la Doctrine Monroe en 1823, a ainsi pris de l’essor et de l’envergure, culminant dès 1992, après l’effondrement de l’Union Soviétique, en leur prétention de gouvernance mondiale.

COMPARAISON : Sur le plan de leurs histoires les deux pays se présentent, pratiquement, comme diamétralement opposés. Nous trouvons d’un côté un ancien empire millénaire centralisé qui, une fois vaincus les troubles introduits de l’extérieur, retrouve successivement son ancienne grandeur, puis de l’autre côté un jeune état fédéral qui a constitué sa puissance mondiale grâce à son dynamisme de pionniers et au déchirement de ses concurrents, anciens colonisateurs, pour finalement se perdre dans une attitude prétentieuse et impérialiste vis-à-vis du reste du monde.

LES BASES IDEOLOGIQUES ET RELIGIEUSES :

CHINE : Le fondement philosophique et religieux de la Chine, depuis la création du premier empire jusqu’à aujour d’hui, repose principalement sur le Confucianisme, théorie sociale et morale, à laquelle se sont ajoutés la cosmologie du Taoisme, puis l’élément religieux apporté depuis l’Inde par le bouddhisme . En dépit de l’introduction du communisme dès la creation de la République de Chine en 1911, puis surtout après la victoire des troupes de Mao Tse-toung en 1949, le confucianisme reste la base essentielle de l’éthique du peuple chinois et de l’organisation et de la structuration de son état. Sa philosophie développée dès son vivant au tournant des VIe, Ve siecles av.-J.-C. par Kong-Fuzi, repose sur des règles morales strictes, partant de l’individu vers la cellule familiale et de celle-ci vers la société et l’état qui la représente. La séparation en classes de différents degrés de perfection, avec au sommet les élus et l’empereur, suivi de la classe des instruits et nobles, puis du peuple, est à respecter strictement, de même que la soumission et le respect à l’intérieur de la famille des jeunes vis-à-vis des aînés et de la femme vis-à-vis de son mari. Le confucianisme préconise ainsi une discipline sévère partant de l’individu et montant jusqu’en haut de la pyramide sociale et la gouvernance de l’état. Cette structuration rigide exclut donc d’emblée l’introduction, sous une forme ou une autre, de toutes velléités démocratiques. En tant que philosophie et par là, à l’opposé des religions, elle ne pratique cependant pas de prosélytisme et agit par proposition et conviction rationnelle et non par imposition de croyance.

ETATS-UNIS D’AMERIQUE : Cet état ayant été fondé par des chrétiens intégristes de toutes les tendances du protestantisme dès le début du XVIIe siècle ap.-J.C. sa base idéologique et religieuse est donc profondément ancrée dans l’attachement à la religion chrétienne d’obédiance principalement protestante, plus calviniste que luthérienne. L’immigration catholique, d’abord surtout irlandaise, puis notablement italienne, n’y a pas apporté une influence décisive et ainsi la base religieuse des Etats-Unis est profondément puritaine avec un prosélytisme prononcé qui ne recule pas devant des actions violentes et qui agit ainsi non pas par conviction rationnelle mais crument par imposition de sa croyance qu’il conçoit d’être universelle. Les idées philosophiques du Siècle des Lumières s’y sont cependant introduites et répandues surtout dans le domaine politique. Elles ont trouvé dans le protestantisme la correlation dans les structures, pour l’un dans la communaute ecclésiastique, pour l’autre dans la structure démocratique et fédérale de l’état, les deux s’établissant du bas vers le haut, de la famille et de la communauté locale, l’un vers la tête de l’église, l’autre vers celle de l’état. Le prosélytisme marqué du protestantisme s’est également introduit dans l’action politique des USaméricains qui, tels des missionnaires chrétiens, cherchent à imposer leur vision de la démocratie au reste du monde.

COMPARAISON : Un vieil état fondé sur des philosophies anciennes et sur un rationalisme qui en découle se trouve en face d’une jeune nation construite sur la base d’une religion monothéiste et ainsi exclusive et conquérante parée d’une philosophie politique démocratique que la première, la religion, soumet à son diktat de vérité universelle.

SITUATION ACTUELLE ET PRONOSTIC ENVISAGEABLE :

Ces deux pays, premières puissances mondiales tant sur le plan militaire que technologique et économique, se distinguent profondément dans leurs attitudes vis-à-vis des autres pays du monde. Si les Chinois ne se mêlent nullement des situations politiques intérieures des autres états et limitent leur influence et souvent domination consécutive au plan technologique et commercial, les Etats-Unis, tels des missionnaires religieux, exercent vis-à-vis des autres états des pressions tant économiques et financières que souvent aussi militaires et ils s’immiscent jusque dans la politique intérieure des pays. La Chine, empire millénaire retrouvant sa position de l’Empire du Milieu, raffermi et consolidé dans les limites de ce quadrilatère qui domine l’Asie orientale, puis rayonnant à l’extérieur par ses prouesses technologiques et commerciales se voit confrontée et menacée par cette nation d’aventuriers et de conquérants, imbus d’une mission religieuse et politique, les Etats-Unis d’Amérique, nés de la conquête d’un continent autrefois habité par des nomades, les Indiens d’Amérique, qui ont légué aux envahisseurs venus de l’Europe, cette instabilité de résidence qui résulte de la configuration de ces terres. Si la compétition technique et économique est ouverte et se développe, depuis peu de temps même sur le plan financier avec la concurrence montante d’un système financier concurrent au US dollar, en faveur de la Chine, il y a lieu de craindre la réaction des Etats-Unis qui manifestement reculent sur ce plan mais qui gardent encore leur supériorité militaire. Il est en effet à craindre qu’au moment où il deviendra évident qu’ils perdront leur position de suprématie globale, acquise ou plutôt accaparée après l’effondrement de l’Union Soviétique, ils seront tentés de la défendre coûte que coûte, allant jusqu’à une opération militaire qui déboucherait, à n’en pas douter, sur un désastre de dimension globale.

L’organisation pluripolaire du monde qui respecte les différences culturelles entre ses divers composants se heurte à la prétention aveugle et dangereuse d’un état qui s’accroche à sa vision d’un monde unipolaire dominé par lui-même.

Hans Gutscher , Doi Saket, le 19.07.2023

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