REACTUALISE LE 09 JUIN 2025
Si l’on veut mieux comprendre les évènements catastrophiques qui secouent la Palestine depuis l’assaut meurtrier et barbare effectué sur terre d’Israel par le Hamas le 7 octobre passé, il est important de jeter un coup d’oeil sur son contexte historique et actuel, et d’ainsi essayer d’en tirer des raisons, puis des conclusions en vue d’une future sortie de la crise engendrée. Pour cela il y a lieu de se pencher plus en détail sur le développement du conflit entre Juifs et Arabes sur la terre de Palestine depuis la fin de la Première Guerre Mondiale et le démembrement consécutif de l’Empire Ottoman, puis de l’octroi, par la Société des Nations à l’Angletrre pour la gouvernance temporaire de la Palestine
L’histoire du peuple juif avant cette date est marquée par la succession des périodes telles que résumées ci-après:
Tout au long de l’Antiquité on voit surgir et disparaître des Royaumes juifs vaincus et éliminés successivement par les Egyptiens, les Assyriens et finalement par les Romains après la victoire de l’empereur Hadrien sur le soulèvement du peuple juif conduit par Bar Kochba au début du IIe siècle après J.Chr.
L’époque du Moyen Age voit ensuite le début de la Diaspora juive à travers l’Europe, le Moyen Orient et l’Afrique du Nord. Suite au narratif de la dénonciation aux autorités romaines de Jésus par les Juifs, puis de son exécution par crucifixion, le conflit viscéral s’établit entre les croyants des deux religions , les juifs et les chrétiens, ces derniers accusant les premiers d’être au fond les assassins de Jésus. Ainsi l’antisémitisme est né et les Juifs, confinés dans leurs quartiers urbains isolés se voyaient traités comme citoyens inférieursm interdits de posséder des terrains et d’exercer certains métiers, ce qui les orientait notamment vers ceux de la finance. les chrétiens étant interdits par leur religion de prelever des interêts financiers. Les Juifs furent chassés et dépossédés par ci par là, puis réadmis contre paiement de taxes exorbitants, autant par les Rois de France et d’Angleterre que par l’Empereur du Saint-Empire, tandis qu’ils profitaient dans les pays musulmans dès le VIIe siecle après J.Chr. d’une coexistence paisible avec les Arabes. Cette tolérance amenait beaucoup d’entre eux à s’installer dans ces pays et notamment dans l’Emirat de Cordoue en Espagne .
Les siècles qui ont suivi la Renaissance jusqu’à la Première Guerre Mondiale ont été marqués, sous l’influence de l’Humanisme et du Libéralisme du XIXe siècle apres J,Chr. par une nette amélioratin de la situation des Juifs qui, état par état, ont obtenu des droits civiques et politiques de citoyens à part entière. Pourtant cette période avait commencé, suite à la Reconquête de l’Espagne par les Rois Catholiques par l’expulsion massive des Juifs d’Espagne qui trouvèrent refuge principalement à l’intèrieur de l’Empire Ottoman, mais aussi à l’intérieur du Royaume de Pologne qui, à l’époque, exerçait une politique assez libérale à leur égard. Ainsi, même si les Juifs sur le plan légal étaient, petit à petit, reconnus comme citoyens a part entière dans la quasi totalité de l’Europe, à l’exception cependant de l’Empire tsariste de Russie, l’antagonisme entre eux et les chrétiens persistait et menait. par ci, par là, à des actions antisémites telles que l’Affaire Deyfus en France ou surtout les pogroms perpétrés en Russie vers la fin du XIXe siècle. C’est également à cette époque que l’idée de la nécessit! de retrouver pour le peuple juif un pays d’attache, quasiment une patrie,, s’est développée et qu’elle s’est finalement concrétisée sous le nom de Sionisme lors du Congrès de Bâle en 1897. Il est assez évident que le choix de territoire est tombé sur la terre de Palestine, ancienne emprise des antiques Royaumes d’Israel et lieu des vestiges du palais de Salomon. Ce territoire, la Palestine, faisait partie, à l’epoque et depuis le XIVe siècle apres J.Chr. de l’Empire Ottoman. Dès ce moment l’immigration des Juifs dans cette contrée connaissait une recrudescence, notamment alimentée par l’exode des Juis Ashkenazes des régions occidentales de l’Empire Russe suite aux pogroms qu’ils y avaient du subir.
En conclusion pour cette vaste période allant des premiers Royaumes d’Israel jusqu’à la Première Guerre Mondiale, la diaspora juive qui s’était constituée dès la conquête du territoire par les Romains, a toujours vecu des persécutions dans les pays chrétiens, au contraire des pays musulmans dans les quels elle a généralement trouvé bon accueil et cela notamment dans l’Empire Ottoman, maître de la Palestine durant prèsque cinq siècles.
Dees l’avènement du Sionisme et de la requête consécutive d’une terre d’accueil , d’une « patrie » en quelque sorte, pour les Juifs avec pour s’y établir le choix de la Palestine, les relations entre Juifs et Arabes Palestiniens commençaient à en pâtir. Cette évolution prenait des proportions plus inquiétantes dès la fin de la Première Guerre Mondiale et le démembrement de l’Empire Ottoman, suivi du mandat octroyé à la Grande Bretagne pour la gouvernance temporaire de la Palestine. La politique de la Grande Bretagne vis-à-vis des populations juive et arabe, était des plus ambigue, avantageant une fois les juifs au détriment des arabes, pour se retourner ensuite contre les premiers et ainsi de suite. Les Juifs sionistes ayant réclamé pour leur territoire l’ensemble de celui donné en mandat à la Grande Bretagne, donc y compris la Jordanie, ils devaient se contenter contre leur gré à voir réduite la Palestine au pays compris entre la Mer Méditerranée et le Jourdan, la Transjordanie en ayant été séparée pour devenir le Royaume Hachémite de Jordanie. Les visions britanniques pour la Palestine furent finalem,ent précisées en 1939 dans un Livre Blanc qui prévoyait la création d’un état unitaire et une restriction drastique de l’immigation juive qui devrait finalement s’arrêter après cinq ans. Le refus très net des Britanniquees de voir apparaître un état juif en Palestine et la limitation des visas d’entrée déjà en cours exarcerbaient les immigrés juifs et profitaient aux radicaux en leur sein. Les attentats commis par ces derniers augmentaient sensiblement, surtout après ceux perpétrés par les arabes entre 1928 et 1931, puis entre 1935 et 1939. Dès le début du mandat britannique les immigrés juifs s’étaient en effet organisés dans une milice d’autodéfense, la Haganah, appuyée sur la Histadrout, organisation syndicale sioniste de gauche. Une tendance ultranationaliste , activée suite aux attentats arabes, vit le jour en 1931 et conduisait finalement à la scission qui vit apparaître la force paramilitaire, l’Irgoun ( du nom complet: Irgoun Zvai Leoni) dont l’objectif fut clairement la création d’un état juif à immigration illimitée et dans les frontières du mandat britannioque, donc y compris la Jordanie. La Deuxième Guerre Mondiale créa ensuite un arrêt des attentats qui cependant reprenaient de plus bel dès 1944, puis surtout dès le début des discussions au sein des Nations Unies qui aboutirent au projet de création de deux états dans des délimitations fortement discutées. Dès le départ des Britanniques en 1947/48, les affrontements prenaient l’ampleur d’une guerre civile dans le cadre de la quelle l’Irgoun s’y engageait avec des méthodes et des actes clairement terroristes qui cuminèrent en 1948 par le Massacre de Deir Yassin, village à l’Est de Jérusalem, village dont la population civile fut anéantie par les combattants de l’Irgoun après la prise du village. Cette opération créa un choc parmi la population arabe environnante qui fuyait et abandonnait en masse les villages environnants, facilitant ainsi grandement l’avancée de l’armée israélienne, la Tsahal, constituée à partir de la Haganah, comprenant ainsi également les groupes de nature terroriste comme l’Irgoun.
On connait l’histoire du jeune Etat Juif d’Israel, ses conflits successifs et ses victoires sur les armées arabes des états environnants, des années 1956, 1967 et 1973. On se rappelle les lueurs d’espoir suscités par les tentatives de paix basés sur la création de deux états indépendants et qui ont conduit aux Accords d’Oslo en 1991, mais qui se voyaient ensuite anéanties, petit à petit, dès l’assassinat de Yitzhak Rabbin en 1995. Durant toute la période depuis la création de l’Etat d’Israel jusqu’à nos jours, il me paraît essentiel de faire ressortir que les forces en face, l’une contre l’autre, dans ce pays, s’étaient déjà constituées dans la période précédente, celle du mandat britannique. En effet, ce jeune état était basé sur des convictions socialistes par des immigrés Ashkenazes, tels que notamment David Ben Gourion, Golda Meir, Chaim Weizmann, dirigeants du parti travailliste, puis chefs d’état ou premiers ministres. Ces convictions se concrétisèrent notamment sur le terrain par la création des communautés agricoles, les Kibboutz. En opposition à ces forces laicistes créatrices d’un état jeune et dynamique, une droite nationaliste et religieuse orthodoxe et refermée s’est formée en partant de l’Irgoun et se réunissait dans le parti Likoud autour duquel se formaient d’autres partis ultraorthodoxes, comprenant notamment les colons de Cisjordanie. Ainsi la politiquue de l’Etat d’Israel a glissé vers la droite, vers l’orthodoxie religieuse et vers un nationalisme agressif et outrancier dont l’objectif, avoué ou dissimulé, est clairement un état purement juif à régime d’apartheid pour les arabes y habitant. La raison représentée jadis par les anciens dirigeants fit place, hélas, dès le début de notre siècle en cours, à l’obscurantisme religieux et à un nationalisme agressif et expansif. A noter que cette transformation avait déjà débuté temporairement, par la désignation comme premier ministre de Menahem Begin, président du Likoud et ancien dirigeant du groupe Irgoun entre 1943 et 1948.
Cette évolution vers un extrémisme nationaliste et religieux qui s’exprime principalement par la colonisation agressive et aveugle des terrains à grande échelle en Cisjodanie a éveillé en face la création d’une force opposée analogue sous la forme de la Hamas qui se bat avec des méthodes terroristes pour l’indépendance d’une Palestine arabe indépendante. Depuis maintenant le début du millénaire et les gouvernements successifs dirigés par Benjamin Netanyahu, avec la collaboration des partis religieux ultranationalistes, la prise de pouvoir par les extrémistes a pris de l’ampleur des deux côtés, israélien et arabe. L’ampleur intensifiée de la colonisation en Cisjordanie avec son réseau de routes protégées par l’armée, couvre aujour d’hui ce pays comme une toile d’araignée et le rend ainsi pratiquement ingouvernable pour l’Autorite Palestinienne qui a déjà perdu le contrôle de la Bande de Gaza au profit de l’Hamas depuis les élections en 2005, ceci nullement au déplaisir du gouvernement israelien qui voit d’un bon oeil l’affaiblissement d’El Fatah et ainsi que de l’Autorité Palestinienne.
Là dessus est arrivée à la surprise générale l’attaque meurtrière et barbare du Hamas au Sud d’Israel. La riposte est actuellement en cours et prend, par ses bombardements disproportionnés un caractère démesuré et désastreux pour la population de Gaza. A l’intérieur des premières réactions des dirigeants israéliens ceux-ci ne reculent pas devant des parallèles historiques très contestables, allant jusqu’à l’affichage par le représentant israélien au Conseil de Sécurité de l’ONU de l’étoile jaune de David sur son veston, une manifestation de mauvais goùt je dirais même d’insulte vis-à-vis des déportés juifs de la Deuxième Guerre Mondiale et des camps d’extermination nazis. Il y a cependant des parallèles historiques à mettre en évidence, que voici:
LE TERRORISME: Précisons d’abord que le terrorisme n’est pas un but en soi, mais une méthode pour atteindre un but, dans le cas du Hamas la création d’un état palestinien arabe indépendant. Au même titre l’Irgoun opérait par des actions terroristes dans le but de créer l’Etat d’Israel juif et indépendant. Si aujour d’hui l’attaque du 7 octobre fut à l’évidence un acte terroriste cette qualification peut également être applique aux bombardements extensifs opérés par l’aviation israélienne sur lee territoiire de Gaza. Par ailleurs, comme en 1948 l’Irgoun avait invité les habitants de Deir Yassim à quitter leurs habitations avant leur assaut, l’armée israélienne invite maintenant les habitants du Nord de la Bande de Gaza à se réfugier au Sud avant les attaques aériennes. Cette méthode a à mon avis également un caractère terroriste puisque, comme le terme l’indique, elle sème la terreur.
LE GHETTO: Si les communauts juives dès le début de la Diaspora se sont regroupées dans des quartiers à part autour de leurs synagogues et dans leur propre vie sociale dictée par des règles tant religieuses que rituelles et alimentaires, ces quartiers avaient pris le caractère de ghettos dès l’obligation imposée aux juifs de s’y regrouper et que ces quartiers étaient étroitement surveillés et leur acces sévèrement contrôlé. Si ces restrictions et confinements se sont reduits dans les états occidentaux dès le XIXe siecle, elles étaient maintenues en Russie tsariste et trouvèrent leur caractère de prisons à ciel ouvert, coupés de la vie sociale et des ressources vitales sous le Troisième Reich de triste mémoire et l’exemple emblématique du Ghetto de Varsovie et son soulèvement à l’issue tragique de 1943. Au vu de ces réminiscences historiques force est d’admettre que les Israéliens à leur tour ont transformé la Bande de Gaza en un immense ghetto de 2,3 millions d’habitants.
LA RESPONSABILITE DE LA PARENTE: A travers l’histoire l’extension de la sanction appliquée à un malfaiteur ou ennemi sur la parentè de celui-ci a toujours été appliquée par ci, par là, mais principalement par des régimes autoritaires ou encore par des organisations à caractère mafieux. Sous le Troisième Reich encore, cette pratique fut notamment appliquée vis-à-vis des familles des auteurs de l’attentat contre Hitler en 1944. Depuis maintenant des années déjà les Israéliens l’appliquent à l’encontre des familles d’auteurs d’attentats en démolissant immédiatement et rigoureusment les habitats de ces derniers, habitats individuels ou en majorité familiaux.
L’ANTiSEMITISME: en profitant du sentiment de culpabilité qui hante les chrétiens depuis les atrocités commises aux juifs durant la Deuxième Guerre Mondiale Israel a pris l’habitude de traiter toute critique vis-à-vis de l’Etat d’Israel d’acte ou de propos antisémite. Cette méthode est trop facile et dépourvue de tout discernement. Elle permet de commettre à leur tour des torts, voire même des crimes en interdisant d’emblée toute critique à leur égard.
PERSPECTIVE: nous nous trouvons confrontés aujour d’hui à une situation devenue quasiment inexricable dans la quelle deux mouvances extrémistes se font face, les juifs orthodoxes et nationalistes, d’un côté, et les islamistes de l’autre côté. L’une et l’autre repose sur une vision et une pratique fodamentaliste de leur religion. Ce n’est de ce fait plus la raison, mais la foi qui règne et exclut pratiquement tout dialogue. Par ailleurs l’établissement de deux états véritablement indépendants est devenu de toute évidence caduque, la Cisjordanie étant couverte d’une multitude toujours grandissante de colonisations reliées entre eux par des routes sécurisées
Ne reste donc que le vague espoir que l’importance et la force des extrémistes diminue au profit d’une politique de dialogue et d’apaisement, mais cette lueur d’espoir n’est peu fondée à l’heure actuelle.
Dans un cas comme dans l’autre l’évolution de la situation sera lente et douloureuse et elle peut même risquer de conduire à un conflit régional à l’issue imprévisible et, de toute façon, désastreuse pour le monde entier. Espérons que finalement la raison et l’entrée en dialogue l’emporteront pour le profit des deux peuples et, en fin de compte, de nous tous .
REACTUALISATION DU 09 JUIN 2025
Le vague espoir de voir diminuer dans un lointain futur l’importance et la force des extrémistes des deux côtés, tel que je l’avais formulé ci-dessus à la fin de mon blog du 21.11.2023, s’est pratiqement évanoui à la suite des évènements sur place depuis cette date. Depuis environs vingt mois maintenant l’armée israélienne bombarde intensément et à vaste échelle la Band de Gaza à tel point qu’à ce jour la majorité des constructions et des infrastructures, médicales y comprises, sont démolies et les champs avec leurs cultures dévastés. Par ailleurs la Bande de Gaza est hermétiquement fermée vers l’extérieur par les autorités oisraéliennes qui ne laissent entrer qu’au compte-gouttes l’aide humanitaire nécessaire à la survie de la population. Selon les chiffres officiels environ 54 000 Gazaouis sont morts depuis les début des hostilités. N’y sont cependant comptés que les victimes des bombardements ou des actions militaires directes. Il y aurait donc lieu d’y ajouter ceux dus à la faim et à l’absence de soins médicaux. Au vu de ces chiffres et de ces faits il est incompréhensibles qu’il y ait, à travers le monde, encore des « experts » qui hésitent à nommer cette action ce qu’elle est: un génocide.
Ne reste aux Palestiniens qu’à espérer un profond changement de la situation géopolitique avec le déclin de la seule superpuissance qui garantit la survie d’Israel, les Etats-Unis d’Amérique, sa survie comme état libre au milieu de pays musulmans qui, à juste titre, considèrent cet état créé après la Deuxième Guer5re Mondiale comme dernière colonie occidentale aujour d’hui dans le monde.
Ce qui est déjà sûr aujour d’hui, c’est que le Hamas n’est, ni ne sera jamais éradiqué comme le souhaitait Netanyahu et qu’au contraire la haine profonde qui s’est enracinée dans le coeur des Palestiniens fera que chaque nouveau-né sera un futur combattant potentiel pour une Palestine libre.
Hans Gutscher, Chiang Mai, le 21.11.2023 et reactualise le 09. 06. 2025
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