Comme excroissance occidentale du continent asiatique, l’Europe est confinée géographiquement au nord par l’Arctique, à l’ouest par l’Océan Atlantique et au sud par la Mer Méditerranéenne. Elle ne l’est nullement sur son flanc oriental où la chaine montagneuse de l’Oural n;est pas assez élevée pour pouvoir créer une barrière telle que les Andes ou le Himalaya. Dès lors, les migrations provenant du centre de l’Asie ont toujours eu un impact important sur l’évolution de l’Europe. Dans ce contexte le développement du peuple et de l’état russe situé à la périphérie orientale de ce souscontinent a joué un rôle important dès le début de son organisation en état structuré, en partant et en réunisssant ses communautés tribales. La création de cet état fut initiée par les Varègues, commerçants scandinaves qui cherchèrent l’itinéraire le plus bref et le plus confortable pour atteindre Byzance, le débouché le plus important pour leur commerce. Ils le trouvèrent lelong des rivières Duna et Dnjepr au bord duquel ils créèrent vers la fin du IXe siècle la principauté de Kiev avec la capitale du même nom. Le premier état russe qui réunissait les Slaves du Nord, les Russes, les Biélorusses et les Ukrainiens, s’il se développa sans résistance vers le nord er nord-est, donc vers des régions éparsément peuplées, était constamment perturbé, voire même menacé à sa limite australe par les migrations turcomongoles qui se dirigèrent depuis l’Asie centrale vers l’Europe. Au comble de celles-ci au XIIe siècle, celle, la plus importante, sous Gengis Khan, mit fin à la Principauté de Kiev et y établit le Khanat de l’Horde d’Or.
A la même époque, sur le plan religieux, le monde chrétien auquel la Principauté de Kiev avait adhéré dès sa création, se scinda, en 1054 dans les deux églises, Romaine, centralisée, hiérarchique et politique à l’ouest et l’autre, grecque Orthodoxe, plus mystique et apolitique, organisée en églises nationales à l’est. Par ses caractéristiques, cette dernière inclut dans son identité des éléments cosmologiques et autocratiques qui la rapprochent des croyances des peuples de l’Asie centrale avec ses plaines illimitées et inatteignables. Cette frontière entre l’empire de l’Eglise Catholique Romaine et l’Eglise Grecque-Orthodoxe traverse jusqu’à nos jours l’Europe, du nord au sud, de la Mer Baltique jusqu’à la Mer Ionienne, ceci en dépit des cinquante années de régimes communistes de part et d’autre de cette ligne de démarcation et en dépit de la perte d’influence de la religion chrétienne dans son ensemble sur la vie sociale et politique.
Partant du déclin du régime Mongole de la Horde d’Or, la Principauté de Moscou, en son sein, devint, sous le règne d’Ivan III, le premier état véritablement russe. Celui-ci chargea, en 1558, par octroi royal, la famille marchande des Stroganoff de coloniser la Sibérie. Ainsi, la Russie, de venue empire, entama son extension dans le nord de l’Asie sur toute sa façade polaire, pour atteindre finalement au milieu du XVIIe siècle l’Océan Pacifique. Ce vaste empire acquit, par là un double attachement, à l’Europe à l’ouest, et à l’Asie à l’est, ce qui lui apporta jusu’à nos jours, une orientation géopolitique changeante selon les circonstances du moment, plutôt vers l’est ou plutôt vers l’ouest.
Avec le règne de Pierre I le Grand, dès 1689, débuta la très nette orientation de la Russie vers l’Occident et son implication dans les évènements politiques européens, mais également l’intégration de sa culture dans celle de l’Europe, particulièrement sa littérature de par sa langue slave. La participation de la Russie dans les conflits européens culmina en 1812 par l’invasion du pays par la Grande Armée Napoléonienne, la défaite, de celle-ci puis, en 1815 le Congrès de Vienne auquel la Russie participa parmi les vainqueurs et elle devint dès cette date l’un des principaux acteurs sur le plan européen et même mondial. Elle gardera cette position jusque vers la fin de la Première Guerre Mondiale et jusqu’à la révolution de 1917 et l’instauration consécutive du régime communiste dans ce qui devint l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques.
Ce changement radical d’orientation, de nature idéologique et internationaliste et, en conséquence géopolitique, mettait la Russie dans une position particulière, prise entre l’Europe capitaliste, donc hostile, à l’ouest, et les colonies de cette dernière au sud et, si l’on intègre le Japon, à l’est. Cette situation inconfortable du pays, menacé sur son pourtour par des puissances hostiles, trouva sa fin à la Deuxième Guerre Mondiale, sa victoire sur l’Allemagne Nazie et la vassalisation consécutive des pays limitrophes de l’Europe orientale, dotés de régimes communistes à leur tour. La révolution chinoise sous Mao Tsé Toung, accompagnée, ailleurs, de la naissance de nouvelles nations issues de la décolonisation, ouvrait à la Russie dès 1947 les portes vers le monde dans sa presque totalité et l’Union Soviétique devint la deuxième puissance dominante dans le monde, à côté et à l’opposition des USA.
Cette constellation politique dura jusqu’en 1991 et l’écroulement du régime communiste en Russie et dans les pays de l’Europe orientale. Ce bouleversement radical transforma le monde, soumis dès lors à la prédominance des Etats-Unis d’Amérique, en un monde unipolaire et elle provoqua en Russie des désordres et un déclin tant politique que, surtout, économique. Ce n’est qu’au début du nouveau millénaire que sous la présidence de Vladimir Putin la Russie retrouva sa stabilté et sa puissance, grâce au rétabissement de l’ordre intérieur et du bien-être accru de sa population. Les sanctions qui frappent le pays depuis son invasion de l’Ukraine en 2022, provoquéw par la menace de ce dernier pays de rejoindre l’OTAN, et par la guerre engagée par le gouvernement ukrainien contre sa minorité russophone, se sont finalement retournées contre leurs auteurs occidentaux et elles ont amené la Russie à s’oriente1r vers l’Asie et particulièrement vers la Chine, puis, dans le cadre des BRICS vers le monde extraoccidental dans son ensemble.
Cette histoire mouvementée de la Russie, puissance charnière entre l’Europe et l’Asie orientale, avec le changement périodique de son orientation politique (et guère culturelle, appartenant clairement à l’Europe !) a toujours pesé sur les relations entre ce pays et le monde occidental. Même si à certaines périodes ces relations furent coopératives comme au début du XIXe siècle après les Guerres Napoléoniennes ou de la Deuxième Guerre Mondiale contre un ennemi commun, elles restent toujours empreintes d’une méfiance qui, à tout moment, comme actuellement, peut se transformer en aversion conflictuelle. Dans son ensemble, les relations reflètent, encore aujourd’hui, la différence religieuse entre l’Eglise cathollique et l’Eglise orthodoxe, de même que la peur éprouvée à l’encontre des anciennes tribus de l’Asie Centrale qui avaient envahi l’Europe à plusieures reprises entre les Ve et XIVe siècles. S’y ajoute la peur en face de cet empire aux dimensions immenses qui s’étale sur toute la périphérie arctique de l’Asie et, en longueur, sur huit fuseaux horaires. Ces trois raisons importantes, ces craintes surtout, ont créé et ancré dans la persuasion occidentale de la Russie une russophoblie sommeillante qui, comme actuellement, peut à tout moment se réveiller, voire être exacerbée par des dirigeants qui y trouvent leur propre intérêt.
EN CONCLUSION, IL EST FORT REGRETTABLE QU’A L’OCCIDENT ON N’ARRIVE QUE TRES RARE,MENT A COMPRENDRE QUE CET IMMENSE EMPIRE ANCRE TANT A L’OUEST QU’A L’EST DU CONTINENT PEUT OU POURRAIT EN CONSTITUER LE PONT SALUTAIRE ENTRE SES DEUX COMPOSANTS GEOPOLITIQUES TANT SUR LE PLAN CULTUREL QUE POLITIQUE ET ECONOMIQUE.
hANS gUTSCHER, dOI sAKET, tHAILAND, LE 18.01.2026
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