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LA DEMOCRATIE EN CRISE

4 Fév

INTRODUCTION

Si l’Human Security Report Project, à Vancouver, évaluait, dans son rapport « Guerre et Paix au XXe siècle » le nombre de démocraties dans le monde à 88 états sur un total de 195, on doit se demander sur quels critères cette appréciation avait été établie. Il ne suffit en effet pas d’admettre comme critère le fait que des élections aient eu lieu, et que consécutivement les institutions habituelles d’une démocratie à l’occidentale aient été constituées. Nous savons tous pertinemment que dans bon nombre de pays les votes sont achetés et les parlementaires et les ministres corrompus, et que dans d’autres les partis d’opposition sont purement et simplement interdits, et leurs leaders souvent emprisonnés. Ailleurs, dans nos pays de culture occidentale que nous pouvons admettre comme régimes démocratiques, ceux-ci sont aujour d’hui menacés à bien des endroits, dans leur fondement culturel et philosophique, par des phénomènes que le présent exposé essaie d’énumerer,puis de tracer des solutions pour l’avenir.

DEFINITION DU TERME « DEMOCRATIE » ET SES DIFFERENTES APPLICATIONS

Le terme « démocratie ». composé des mots grecs anciens « demos »: territoire, et implicitement peuple ou ensemble des citoyens correspondant, et « kratos »: pouvoir, désigne un régime politique, dans lequel le pouvoir est exercé par le peuple, soit directement, entièrement ou partiellement, soit indirectement par représentation. La plupart des democraties actuelles correspondent à cette dernière formule où le peuple, voire les citoyens, exercent le pouvoir par intermédiaire de ses représentants élus qui forment le parlement, dans la plupart des cas à deux chambres, dont la majorite constitue ensuite le gouvernement qui peut être révoqué par motion de censure. Une particularité est représentée par les Etats-Unis d’Amérique et la France qui connaissent un régime présidentiel avec le président élu par le peuple, soit directement comme en France, soit par des électeurs, élus eux par le peuple, comme cela est le cas aux Etats-Unis d’Amérique. Si des démocraties directes, dans lesquelles le peuple exerce directement le pouvoir législatif et élit lui-même le gouvernement ne peuvent être fonctionnelles que dans des unités politiques à faible population, comme aujour d’hui encore dans deux cantons suisses avec leurs « Landsgemeinden », la Confédération Helvétique connait un régime de démocratie semi-directe, avec des possibilités, pour ses citoyens, d’engager des référenda, voire même des initiatives populaires, relatives à différentes questions de la politique courante ou à des projets de lois ou articles de la constitution. Dans tous les cas de figure, le droit de vote se limite aux citoyens du pays ayant passé l’âge de majorité politique, ceci à de très rares exceptions d’unités politiques à petites dimensions qui accordent le droit de vote à l’ensemble de la population, donc y compris les étrangers qui vivent sur leur sol.
Ce qui par ailleurs caractérise l’ensemble des régimes démocratiques et qui en constitue un des fondements essentiels, réside dans la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire telle qu’elle avait été définie par Montesquieu en 1748 dans son ouvrage phare « De l’Esprit des Lois ».

BREF ABREGE HISTORIQUE

Si pour nous occidentaux la démocratie avait pris ses racines dans les écrits philosophiques, notamment de Platon, et dans la constitution de la Cité d’Athènes dans la Grèce Antique du Ve siècle av. J.C., pour trouver ensuite sa prolongation, sous une forme cependant très oligarchique, dans la République Romaine, des formes de démocraties existaient apparemment au paravent et ailleurs, dans des villes-états sumériennes et phéniciennes.
Nous ne trouvons ensuite durant toute l’époque romaine impériale, puis le Moyen-Age et son féodalisme guère de systèmes démocratiques et, si déjà, limités sur un niveau régional, à des entités politiques à taille réduite comme des villes libres du Saint-Empire.
L’idée de la démocratie a refait surface et pris son chemin lentement depuis la fin du XVIIe siècle avec le développement et ensuite l’instrumentalisation du système parlementaire en Angleterre. En parallèle ses fondements philosophiques furent repris et développés par les philosophes du Siècle des Lumières, tels que Locke, Montesquieu et de Tocqueville, relayés ensuite aux XIXe et XXe siècles par les apports, souvent critiques, de Sieyès, Marx, Popper, Chomsky, Ricoeur et d’autres. Partant des premières expériences du parlementarisme en Angleterre, différents régimes démocratiques ont vu le jour dès la fin du XVIIIe siècle autour de l’Atlantique et en premier lieu aux Etats-Unis d’Amérique dès leur indépendance, puis en France sous la première république. Les idées de la Révolution Française furent promulguées au début du XIXe siècle à travers toute l’Europe et les colonies d’Outre mer.
Le régime parlementaires telle que nous le connaissons aujour d’hui s’est introduit dès la fin de la Première Guerre Mondiale dans la plupart des pays d’Europe, vite contré cependant dans plusieurs pays par des régimes dictatoriaux fascistes autant que communistes. Répandue depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale à travers le monde entier, en Afrique et en Asie comme fruit de la colonisation, la démocratie représentative a aussi réduit son caractère oligarchique en introduisant le droit de vote pour les deux sexes.
Une exception de taille à cette règle est représentée par la Chine Populaire qui en dépit de ses révolutions et de la fin consécutive de son régime impérial a gardé son fondement philosophique qui résulte des réflexions de Confucius qui ont empreint l’organisation de l’état en y respectant la hiérarchie sociale établie en partant du cadre familial jusqu’à la pointe de l’état. D’après Confucius la position hiérarchique doit être fondée sur le savoir et les mérites et non sur la filiation, dans quel sens il faut comprendre sa phrase communiquée dans les « Entretiens avec Confucius »: « Si deux personnes marchent ensemble avec moi, il y en a au moins une qui peut me servir de maître ».

SCHEMA SEQUENTIEL DES MENACES QUI PESENT SUR LA DEMOCRATIE

1. L’ascendant de l’économique sur le politique
– donc d’un domaine, celui de l’économie, qui ne connait qu’à quelques exceptions près, aucune démarche démocratique qui se traduirait par la participation des ouvriers, employés, collaborateurs à la marche de leur société ou entreprise
– un domaine, en plus, dont les décideurs les plus importants sont de grandes sociétés multinationales qui, par leurs implantations planétaires, sont à même de contourner, voire d’influencer les décisions politiques et les lois consécutives d’un pays ou d’un autre.
– en parallèle, dégradation de l’être humain, ramené à une simple « ressource humaine » au même titre que les ressources matérielles et informatiques.
– et ainsi, dans le but de former des hommes et des femmes pour devenir les « outils » demandés par l’économie, importance accrue conférée dans les écoles, aux sciences naturelles, techniques et informatiques aux détriment des sciences dites « humaines », propres à développer chez l’être humain son sens critique et créatif. Dans ce but, de plus en plus, participation financière des grandes multinationales dans la création de laboratoires, voire même d’universités, dont elles peuvent ainsi influencer l’orientation et le choix des enseignants.

2. En conséquence, désarroi, voire même peur, d’une majorité grandissante des hommes et des femmes vis-à-vis de la globalisation et de l’inégalité de plus en plus inquiétante entre riches et pauvres, tant à l’intérieur de chaque pays qu’entre ces derniers au niveau global, déséquilibre planétaire qui provoque les migrations importantes dont nous ne voyons aujour d’hui que le début.
– en conséquence montée en puissance de partis et de mouvements populistes, voire pour plusieurs d’entr’eux même fascistes, selon le catalogue des caractéristiques établi par Umberto Eco dans son livre « Cinq Qustions de Morale ». Ces mouvements et partis luttent notamment contre la séparation des pouvoirs et le parlementarisme dont ils se servent pourtant jusqu’à l’arrivée au pouvoir (voir la NSDAP en 1933!).
– ainsi, des masses de plus en plus importantes se réfugient en quelque sorte dans ces mouvements et partis qui leur offrent des solutions simplistes aux problèmes compliqués de l’époque, un retour aux anciennes valeurs et une identité nationale et culturelle perdue, de même que l’image d’un ennemi commun, juif autrefois et de nouveau aujour-d’hui, ou maintenant en Europe le musulman ou l’UE comme institution, et, toujours et dans tous les cas, l’intellectuel. De plus, l’individu déstabilisé y trouve l’assurance et la protection du groupe.

3. la désingularisation de l’individu (terme utilisé par la philosophe française Cynthia Fleury) comme conséquence des deux évolutions développées ci-dessus, l’être humain étant confiné dans un moule conçu et mise en pratique d’abord dans les écoles, puis dans la vie active de tout-le-monde, auquel répondent l’intégration des individus dans des groupes formés et mis sous tutelle par des mouvements et partis politiques fascisants qui, par leur négation des règles démocratiques oeuvrent dans le sens des grandes multinationales. Ces deux acteurs, économique et politique, prennent en otage les médias, par le poids financier de la publicité le premier, par le poids des utilisateurs endoctrinés et mobilisés le deuxième.

4. Le conflit inévitable entre notre compréhension occidentale de la démocratie, avec ses sources et son fondement philosophique purement européens, et d’autres cultures, notamment asiatiques, dont l’assise culturelle et, à l’intérieur d’elle, leurs traditions politiques sont très différentes. Celles-ci sont fortement empreintes du Confucianisme en Chine et ailleurs en Extrême-Orient, dans d’autres contrées par des systèmes claniques toujours vivantes sous des formes actualisées.

REMEDES ENVISAGEABLES ET EVOLUTION SOUHAITEE POUR L’AVENIR DES DEMOCRATIES

Comme nous l’avons constaté dans le chapitre précédant et comme cela s’avère courant pour toute évolution dans ce domaine, la résistance et le combat contre les menaces doivent commencer dans les écoles et les universités et ils doivent être basés sur une révision et une réadoption des valeurs philosophiques surtout éthiques qui conditionnent tous les systèmes démocratiques. Ceux-ci, forcément au pluriel, doivent être redéfinies localement afin de tenir compte des différences culturelles et traditionnelles qui doivent constituer leur fondement pour qu’ils puissent être adoptés pleinement par les populations concernées.
En parallèle, et pour faire contrepoids aux grandes multinationales, aux fameux « global players », nos états, pour leur plupart de dimensions trop petites en face de ces puissances économiques, devront se regrouper dans des unités à échelle continentale. Celles-ci devront cependant être construites sur la base d’entités régionales à petites dimensions dans lesquelles chaque citoyen pourra se reconnaître à travers son identité culturelle acquise soit par naissance, soit par adoption. Réconforté dans son appartenance à une entité politique à laquelle il peut s’identifier, il sera prêt à en déléguer les pouvoirs indispensables pour leur activité à des instances suprarégionales, voire continentales.
L’essentiel dans cette évolution souhaitée sera de définir clairement, et ceci sur un plan mondial, son assise éthique, puis de la faire communiquer à tous les citoyens dès le début de la scolarisation, et ainsi de lui conférer son rôle de fil conducteur pour toutes nos actions. Cette démarche pourrait profiter des nouveaux reseaux de communication informatisée, le forum moderne d’échange d’idées et de formation de mouvements populaires, ce nouveau forum qui ne connaît ni frontières, ni distances à parcourir. Cependant, pour qu’il devienne dynamique et qu’il conduise à une participation active d’une majorité d’hommes et de femmes, il devra être alimenté par des projets phares rassembleurs et enthousiasmants, porteurs de promesses pour l’ensemble du monde, ne serait ce que pour la simple survie de l’humanité menacée dans son existance par sa propre faute.

CONCLUSION

Si le présent exposé essaie simplement de dresser l’état, certes non exhaustif, des problèmes que rencontrent aujour-d’hui nos démocraties, puis d’esquisser des voies pour en sortir et de sauver ce précieux acquis de notre culture, seul l’avenir avec ses imprévisibles nous montrera la voie qu’empruntera notre société pour sa réorganisation. Nous ne pouvons qu’espérer qu’elle se dégagera d’une inspiration et d’une volonté populaire et qu’ainsi elle ne soit pas octroyée par quelques individus ou organismes qui s’empareraient du pouvoir, que finalement la démocratie l’emporte sur la dictature.

Hans Gutscher, Chiang Mai

VERS UN NOUVEAU CENTRE DU MONDE

11 Jan

INTRODUCTION:

A partir de l’époque à laquelle les premiers empires avaient pris connaissance, l’un de l’autre, et que des relations culturelles et surtout commerciales s’étaient établies entr’eux, le monde a vu naître un centre de gravité à l’intérieur duquel richesses et découvertes se sont concentrées. Les considérations qui suivent se proposent d’en résumer les étapes historiques et d’esquisser, pour le futur du monde, l’aboutissement des changements profonds qui se dessinent dès le début de notre XXIe siècle.

BREF APERCU HISTORIQUE

Les centres du monde se sont développes, l’un après l’autre, lelong des axes commerciaux majeurs qui resultèrent souvent des évolutions techniques des moyens de locomotion et de transport et qui virent naître en leur sein et/ou à leur départ la concentration de richesses et de développements techniques et culturelles, puis consécutivement la constitution d’empires qui dominèrent le monde. Le premier axe ainsi constitué au cours du IIe siècle avant J.C.fut certainement la célèbre Route de la Soie qui reliait l’Empire des Hans en Chine à l’Empire Romain, puis dès la disparition de ce dernier en 476 après J.C. l’Empire de Byzance. Ce centre du monde formé par cet axe commercial qui reliait les deux empires les plus puissants de l’époque a vu naître tout au long de son histoire d’autres empires comme celui des Sassanides en Perse autant que des cités florissantes telles que Samarcande, Boukhara et autres. Sa sécurité étant affectée dès l’invasion des armées islamiques et leur victoire, en 751 après J.C. sur l’armée chinoise à Talas, puis dès la fin du XIIe siecle par les invasions mongoles, la Route de la Soie perdait de son attrait. Le commerce entre l’Europe et l’Asie Orientale, de plus en plus maritime, en empruntant la route du Golfe Persique, était cependant maintenu mais il passa, du côté européen, après la décadence de Byzance, successivement entre les mains des grandes entités politiques et commerciales, tant du côté de la Méditerranée, avec les cités-républiques de Gênes et de Venise, que du côté de la Mer Baltique et de celle du Nord avec la Hanse Teutonique et son comptoir à Bruges. La Chine des Mings, repliée sur elle-même, et l’Empire de Byzance en plein déclin, le centre du monde se concentra sur ces villes européennes, points d’arrivée, de distribution et de départ des marchandises et y provoqua l’accumulation de richesses et le développement d’une activité importante, tant commerciale que culturelle et inventive. Cette évolution marqua le début de la domination européenne sur le monde, évolution qui devint effective à partir de la fin du XVe siècle avec le développement de navires performants qui permirent d’affranchir les océans et la découverte des Amériques, de même que le contournement de l’Afrique.
En conséquence, les centres du monde successifs se déplacèrent vers les grandes cités portuaires de la Côte Atlantique, d’abord vers Anvers et Amsterdam, puis pour une longue période vers Londres, la capitale du puissant Empire Britannique. Le centre du monde s’était ainsi déplacé des mers intérieures de l’Europe vers l’Atlantique qu’il traversa vers la fin du XIXe siecle pour s’établir, jusqu’à aujour d’hui à New York, puis également Los Angeles sur la Côte Pacifique. Le dernier président des Etats-Unis d’Amérique, Barack Obama, avait bien pressenti ce transfert de l’Atlantique vers le Pacifique en appuyant la création d’un espace de libre échange autour de cet océan, traité aujour-d’hui abandonné par le nouveau président des Etats-Unis. Tel est aujour-d’hui l’état du monde avec un centre de part et d’autre de l’Océan Pacifique, avec d’un côté les Etats-Unis d’Amérique, actuellement encore première puissance du monde, relayés à court ou à moyen terme par la Chine, puissance montante de l’aute côté de l’océan.

L’AXE COMMERCIAL CHINE-EUROPE: NOUVEAU CENTRE DU MONDE.

L’avènement de la Chine comme première puissance, demain, du monde, le repli actuel sur eux-mêmes des Eats-Unis d’Amérique laissent apparaître comme probable le transfert du centre du monde d’un côté à l’autre du Pacifique. Il s’affirme aussi par les projets d’infrastructure à échelle continentale que les dirigeants chinois ont conçus, programmés et déjà, partiellement, mis en route. En premier lieu, il s’agit là, de la remise en valeur, avec les moyens de la technique moderne, de l’ancienne Route de la Soie. Elle sera doublée, sur son flanc Sud, par des liaisons tant maritimes que terrestres, ces dernières notamment par l’Asian Highway Nr. 1 qui reliera Singapour à Istanbul. Ces grands axes commerciaux, une fois réalisés, passeront à travers des pays parmi les plus puissants de demain, depuis la Chine consécutivement par l’Inde, au Sud, les républiques turciques de l’Asie Centrale au Nord, puis par l’Iran et la Turquie, pour aboutir, finalement, en Europe. Mais quelle Europe, c’est là la question cruciale. Pour se mettre en valeur et à égalité avec les grands pays qui s’inscrivent sur cet axe commercial et qui prendront, de ce fait, un essor et une importance considérables, l’Europe devra se redéfinir comme entité politique cohérente et dirigée par des instances suprarégionales appuyées sur une volonté populaire forte et consensuelle. Pour y arriver elle devra se libérer de son découpage en nations dont aucune, déjà au stade actuel et encore plus fortement à l’avenir, ne saura se prévaloir à elle seule comme l’équivalent des puissances déjà établies, Chine et Inde, voire montantes, Iran et Turquie. L’Europe devra dépasser ses frontières et différences intérieures et mettre l’accent sur ses valeurs communes immenses tant socio-culturelles que techniques et politico-philosophiques, qualités qui la caractérisent et qui peuvent lui conférer, à l’extrémité occidentale de ce grand axe, le contrepoids et le partenariat avec et à la Chine située à l’autre extrémité.
Le futur centre du monde se dessinera alors comme cette liaison continentale entre l’Extrême Orient et l’Occident, entre la Chine et l’Europe unifiée. Ce nouveau centre du monde englobera ainsi les deux continents, l’Europe et l’Asie, dont la frontière n’a jamais pu etre définie à satisfaction. Il en formera de ce fait ce seul continent Eurasie avec ses limites maritimes naturelles au pourtour. Cette évolution probable, voire prévisible, laissera derrière elle une Afrique qui restera encore longtemps seul pourvoyeur de ses richesses naturelles immenses et un continent américain relégué au deuxième rang dans ce monde redéfini. On verra que tant Wall Street que Silicon Valley se transfèreront aisément.

CONCLUSION

Si la constitution de ce nouveau centre du monde sous forme d’un axe commercial à travers l’Eurasie prend son depart avec force et vitesse à son extrémité orientale, en Chine, il appartient à l’Europe, de l’autre côté, de s’affirmer comme contrepoids et complément, sinon démographique ce qui est impossible, mais commercial et culturel, et de susciter et de promouvoir la rencontre de deux des plus anciennes cultures du monde, ceci, espérons le, pour le plus grand bien de l’humanité dans un monde dans lequel les hommes devront se comprendre comme part de la nature et abandonner cette illusion suicidaire d’une nature au service de l’homme.

Hans Gutscher, Chiang Mai

VERS UNE EUROPE DES REGIONS ?

10 Déc

TEXTE REACTUALISE PLUS DE 5 ANS APRES SA REDACTION INITIALE ET AU VU DES EVENEMENTS IMPORTANTS ET SOUVENT DRAMATIQUES QUI ONT SECOUE ET QUI SECOUENT TOUJOURS NOTRE CONTINENT, PAR AILL;EURS SI PARTICULIER ET SI ATTRAYANT.

 » C’est le tissu de la vie sociale qu’il s’agit de reconstituer dans toute l’Europe;  et les variétés du tissu préfigurant les organes en formation ». Denis de Rougemont, dans « L’Avenir c’est notre affaire », paru chez Stock en 1977.

1.INTRODUCTION.

Les récents évènements survenus en Europe, notamment les votations en Ecosse, puis en Catalogne, pour ou contre l’indépendance de ces régions, mais aussi récemment, pour ou contre une autonomie accrue, en Italie du Nord, ont clairement mis en évidence les fissures de plus en plus profondes qui lézardent les états nations de notre continent. Affaiblie par ces évolutions, mais également par la recrudescence de mouvements antidémocratiques dans les pays de l’Europe Orientale, l’Union Européenne affronte une crise structurelle, actuellement encore aggravée par la crise gouvernementale en Allemagne, son état membre le plus important.

Pour sauver et redéfinir sur de nouvelles bases l’unité européennne et ainsi d’assurer à notre continent le rôle important qui devrait lui revenir dans le monde, il parait inévitable de remettre en question sa structure actuelle, de l’analyser, puis d’essayer d’en définir une nouvelle avec l’assentiment des peuples qui composent l’Europe.

Les idées qui sont présentées ci-dessous se proposent d’apporter à cette discussion indispensable leur modeste contribution.

2. EVOLUTION HISTORIQUE ET ETAT ACTUEL.

L’origine du terme « Nation » pour désigner une entité politique ne remonte guère plus loin qu’au XVIIIe siècle durnt lequel il s’est introduit notamment en France, durant la Révolution Française, puis, petit à petit, durant le XIXe siècle dans toute l’Europe. Sa définition, basée au début sur une entité éthnique et culturelle, a conduit à la structure politique de l’Europe d’aujour d’hui, en partant du Congrès de Vienne, puis du démembrement des empires pluriéthinques de l »Autriche-Hongrie et de l’Empire Ottoman après la Première Guerre Mondiale, et pour finir, des dernières corrections créées par la dissolution de l’Union Soviétique et celle de l’ancienne Yougoslavie. Les nouvelles migrations provoquées tant par des guerres locales, que par des déséquilibres économiques ont cependant mis en question l’unite éthnique et culturelle qui était à la base du terme « Nation ». La définition la plus rapprochante de la réalité actuelle est probablement celle donnée par le Grand Robert, à savoir: « Nation: Groupe humain, généralement assez vaste, qui se caractérise par la conscience de son unité et la volonté de vivre en commun ».

Laccent est donc mis sur une volonté populaire qui, toutefois, était formée, durant tout le XIXe puis le XXe siècle par force propagande développée par les dirigeants des différents pays composant l’Europe et qui a culminée dans les mouvements nationalistes de triste memoire. Si l’on regarde aujour d’hui la configuration des nations qui composent l’Europe, force est de constater qu’à bien des endroits les frontières ne représentent que le résultat des innombrables guerres qui ont secoué et meurtri ce vieux continent, et qu’elles ne reflètent ainsi que l’aboutissement de luttes entre les anciennes dynasties, voire communautés religieuses pour la domination de telle ou autre territoire. Comment comprendre autrement des frontières contre nature qui, par exemple, séparent les Basques entre la France et l’Espagne, ou encore les Tyroliens entre l’Autriche et l’Italie. Les fissures dans le tissu des nations qui s’étaient manifestées vers la fin du XXe siècle et qui ont conduit à de nouvelles entités politiques, tant en Tchecoslovaquie qu’en Yougoslavie, apparaissent, petit à petit, ailleurs en Europe et mettent en cause les entités nationales que nous connaissons aujour-d’hui et dans lesquelles les populations ne se reconnaissent de moins en moins, ni dans les gouvernements respectifs, ni encore moins dans les instances qui sont à la tête de l’Union Européenne. Celle-ci souffre par ailleurs de la disproportion en taille, et ainsi en poids économique et, par là, en pouvoir décisionnel entre les différentes nations qui la composent. Il n’est ainsi pas admissible que l’Union Européenne dans son entité soit actuellement pratiquement paralysée par une crise ministérielle en Allemagne et qu’elle soit ainsi quasiment absente sur le parquet de la diplomatie internationale.

Partout en Europe, le malaise s’est installé parmi ses populations et entre celles-ci et leurs gouvernements. Le risque est grand que ce malaise s’accentue et qu’il conduise à de nouveaux mouvements nationalistes qui menaceraient de nouveau la paix en Europe. Ce risque est grand et il nous impose de réfléchir tous à une réorganisation politique de ce continent.

3. VERS UNE EUROPE DES REGIONS.

Comme nous l’avons démontré ci-dessus l’actuelle Europe des Nations souffre des trois maux suivants qui se précisent , voire s’agravent de jour en jour:

  • tendance vers une autonomie accrue, voire l’indépendance même de plus en plus de régions ou même d’anciens pays indépendants comme notamment l’Ecosse.
  • déséquilibre entre les différentes nations, avec des pays démographiquement et économiquements « forts » comme l’Allemagne, la France et l’Italie et des petits pays « faibles » , tels que Malte, Chypre, Pays Baltes, etc.
  • aliénation entre les instances dirigeantes et les populations d’où déficit démocratique montant.

Nous sommes donc essentiellement confrontés à un problème d’échelle qui résulte de la taille des nations qui, en fait, se sont formées, à travers des siècles, par des guerres successives, au détriment ou au profit d’autres. Leurs frontières résultent de reflexions principalement militaires, quelque fois aussi économiques, mais guère culturelles, et surtout sans  consultation, à quelques exceptions mineures près, des populations concernées.

Il y a donc lieu de se détacher, petit à petit, de la notion de « nation » et de réorganiser l’Europe sur la base d’entités politiques à taille plus ou moins comparables, définies sur la base de considérations économiques, culturelles et historiques et créées par la volonté de la majorité des populations concernées. Le processus politique ne doit plus être dicté et décrété de haut vers le bas mais initié et construit du bas vers le haut.

Des régions ainsi définies remplaceront les nations actuelles et délègueront aux instances dirigeantes Européennes les pouvoirs necessaires pour assurer à l’Europe son rôle et son poids vis-à-vis des autres grandes entités politiques du monde, comme les USA, la Russie, la Chine, etc, mais aussi vis-à-vis des grandes entreprises globales et leurs groupes de pression.

Ces régions, dont la population devrait se situer pour chacune entre 5 et 15 millions d’habitants se formeront autour de centres d’intérêts communs, économiques et/ou culturels, autour de grandes métropoles, voire de cours d’eaux, de bassins, d’estuaires ou d’autres. Pour une population totale d’environs 5oo millions, ces régions seraient approximativement au nombre d’une cinquantaine, ce qui correspond sensiblement au nombre d’états des USA, entité politique qui a fait ses preuves depuis plus de deux siècles.

4. LA STRUCTURE ENVISAGEABLE D’UNE FUTURE EUROPE DES REGIONS.

Une fois les régions établies et les pouvoirs a déléguer à des instances suprarégionales, donc Europeennes, définis, la nouvelle Union Européenne ainsi créée devra être organisée sur une base fédéraliste, en s’inspirant des exemples donnés tant par les USA que par la Confédération Helvétique.

Le législatif comprendra ainsi deux chambres :

  • la première, correspondant au House of representatifs des USA, voire au Conseil National Suisse, composée des députés régionaux en proportion avec leurs nombre d’électeurs.
  • la deuxième, correspondant au Senat aux USA, voire au Conseil des Etats en Suisse, composée de deux représentants par region.

Cette double représentation, l’une proportionnelle au nombre d’habitants, l’autre à la représentation égale pour chaque région, permettra, comme cela est le cas dans les deux états cités en référence, une atténuation d’éventuelles disproportions au niveau du poids démographique entre les régions.

Si dans la première chambre des fractions selon partis ou tendances politiques s’organiseront à l’image des parlements Européens actuels, il serait envisageable, voire souhaitable, d’organiser des fractions représentant des intérêts économiques comparables de certains groupes de régions (p.ex. régions autour de la Mer Baltique, régions méditerranéennes, etc.) à l’intérieur de la deuxième chambre. Cette disposition permettrait de contrebalancer le poids des considérations purement idéologiques ou/et partisanes qui aujour d’hui faussent et alourdissent souvent le débat politique et le font dévier des vrais problèmes qui préoccupent les populations. Le gouvernement central européen, élu par les deux chambres du parlement européen, gouvernement de préférence de coalition, devra refléter les majorités et les poids respectifs des composantes tant politiques que géoéconomiques des deux chambres.

Construite ainsi de bas vers le haut en passant par des échelons intermédiaires de groupes d’intérêts communs, cette nouvelle entité politique Européenne devra permettre à l’ensemble de ses populations de s’y reconnaitre et d’y adhérer pleinement. Elle donnera ainsi à ce continent la force et le rayonnement nécessaires pour se mettre à égalité avec les autres puissances politiques du monde, mais aussi et surtout les puissances économiques des « global players », entreprises et sociétés dites multinationales dans les domaines industriels, financiers et de recherche et techniques de l’avenir.

5. EVOLUTION ENVISAGEABLE DANS LE TEMPS.

La transformation  de l’Europe actuelle des Nations en Europe des Régions devrait pouvoir s’effectuer de façon évolutive en deux opérations successives:

  • A: remplacement des instances directeurs actuelles par un véritable gouvernement élu par le parlement européen, après réorganisation de ce dernier en deux chambres selon le schéma esquissé ci-dessus, comprenant un « Sénat » ou conseil des états, composé de deux représentants par pays membre actuel, puis successivement par région nouvellement créé.
  • B: constitution successive des différentes régions, en partant des embryons qui existent déjà, par ci, par là, notamment des régions autonomes à l’intérieur des nations actuelles, comme p.ex. le Frioul et le Val d’Aoste en Italie.

Comme indiqué ci-dessus, cette transformation du continent devra se faire du bas vers le haut, de façon évolutive et dans la paix. Les populations elles-mêmes devront s’identifier à leurs régions et exercer, par voix parlementaire, autant que possible, leur pression pour obtenir de plus en plus d’autonomie, puis d’indépendance à l’intérieur de cette nouvelle structure d’une Europe redevenue forte et influente à l’intérieur des grandes entités tant politiques qu’économiques du monde.

6. LA NATURE DES REGIONS.

Les nouvelles régions à créer seront des entités politiques qui regrouperont des populations qui y trouveront en premier lieu un intérêt économique commun, mais aussi des identités culturelles, géographiques, sociales et historiques auxquelles elles pourront adhérer. Elles pourront de prime abord s’organiser autour:

  • d’une grande métropole (p.ex le Grand Paris)
  • d’un bassin fluvial (p.ex. la Regio Basilensis, de part et d’autre du Rhin)
  • d’un massif montagneux (p.ex. Massif Central, les Carpathes)
  • d’un ancien pôle industriel (p.ex. la Ruhr, les Midlands)

Elles pourront, dans de rares cas, aussi simplement reprendre les actuelles limites de petits pays existants tels que les Pays Baltes, des îles comme Malte, etc.

Ces régions pourront ensuite se regrouper dans des entités à intérêts comparables pour leur faire valoir leurs intérêts spécifiques, à l’intérieur de la chambre des régions à créer. A titre d’illustration, on pourrait ainsi s’imaginer des groupes de régions autour de la Mer Baltique, de la Méditerranée orientale et occidentale, de massifs montagneux comme les Alpes, les Carpathes, des grandes plaines de l’Europe orientale, etc.

7. REPARTITION DES CHARGES ET DES COMPETENCES.

Il est évident que si les domaines qui concernent et règlent notre vie de tous les jours sont et devront être du ressort de chaque région, celles-ci seront amenées à déléguer les pouvoirs indispensables aux instances européennes pour leur donner les moyens à leur politique vis-à-vis de l’extérieur du continent, mais aussi en son intérieur au niveau de la coordination entre les régions et leur concordance entre les décisions législatives. Ainsi les compétences relatifs aux domaines  suivants devront être déléguées au pouvoir central Européen:

  • politique extérieure, y compris les relations diplomatiques
  • protection des frontières et des migrations, armée et police européenne
  • questions et cour constitutionnelles
  • politique financière avec banque centrale et monnaie unique avec surveillance stricte des règles y afférentes
  • infrastructure intercontinentale, liaisons terrestres, aériennes, fluviales et maritimes, reseaux énergétiques et politique environnementale.
  • établissement de standards techniques et homologations, relations avec les entreprises transcontinentales.
  • coordination entre les régions et/ou groupes de régions dans leurs domaines et compétences régionales (formation, sécurité, environnement, infrastructure locale, santé, etc. )

Par contre la proximité des services quotidiens tels que cités ci-dessus est essentielle pour chaque habitant pour son identification avec son lieu de séjour et de travail, village, quartier ou/et région, puis par délégation avec l’ensemble, avec ce continent rebâti depuis ses cellules de base, avec le consentiment de ses habitants.

7. CONCLUSION.

La présente esquisse d’une réorganisation de l’Europe selon une conception fédéraliste, sa mutation d’une Europe des Nations en une Europe des Régions, se propose de contribuer à un examen critique de l’état actuel de ce continent.

Ce projet propose de créer de nouvelles structures bâties de bas vers le haut, des cellules de base vers des instances centrales, auxquelles tous les habitants pourront ainsi s’identifier dans des processus véritablement démocratiques, de créer ainsi une Europe dans laquelle un chacun pourra se reconnaître pour le bien et le rayonnemnt de notre continent.

REACTUALISATION DU 14 JUILLET 2025

La relecture de mon blog de 2017, au vu de l’évolution géopolitique importante qui s’est produite depuis cette date et l’état préoccupant, approchant même sa dissolution, de l’Union Européenne m’amène aux réflections suivantes:

  1. Ma vision d’une Europe des Régions et non pas des nations, ni formant au surplus un nouvel état centralisé, reste pour moi valable et soiuhaitable dans les grandes lignes.
  2. Le développement vers la centralisation du pouvoir, débuté sous la présidence de la Commission Européenne sous Jacques De;lors entre 1985 et 1995, centraliisation toujours en cours, voire même accentuée, sous la présidence actuelle de Ursula von der Leyen, ce développement suscite ces derniers temps un retour vers le nationalisme dans la plupart des états membres de l’Union Européenne.
  3. Dès lors, l’affirmation des unités identitaires régionales ne pourra s’établir que sur la base et dans le cadre des identités nationales reconfirmées. Beaucoup des états actuels présentent, par leur petite dimension tant géographique que démographique, les dimensions des futures régions. Ces derniéres ne devront donc être créées qu’à l’intérieur des grandes nations qui sont la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, voire encore la Pologne et la Roumanie. 
  4. Les structures politiques d’une future nouvelle Union Européenne devront respecter et s’établir sur la base des principes suivants qui sont élémentaires pour toute structure politique d’ordre démocratique: A. la séparation stricte des pouvoirs législatif, exécutif et juridique, B. la limitation d’un gouvernement central (aujour d’hui la Commissiom de l »UE) nécessaire pour la représentation de cette nouvelle union confédérale des pays et regions européennes, sur le plan des relations internationales en face tant des superpuissances établies que des entreprises multinationales à pouvoir et importance économique mondial, C. création d’un parlement à deux chambres à l’example du parlement suisse, avec une chambre réunissant des députés élus en proportionnelle dans chacun des états membres, et une chambre des états avec pour chaque membre, deux représentants, D. le gouvernement centtral sera élu par le parlement sur base des résultats de votations populaires et sur proposition d’un premier-ministre désigné par les forces gagnantes dans les élctions, comme d’ailleurs cela se pratique dans la majorité des états européens actuels.

Par ces nouvelles structures et par la limitation, mais en même temps par le renforcement des pouvoirs tant du gouvernement central que de celui des gouvernements régionaux, cette nouvelle Union Européenne sera à même de renforcer son image d’un ensemble géopolitique riche par sa grande diversité tant géographique que culturelle et sociale et affirmer son identité particulière de la « DIVERSITE DANS L’UNION » et ainsi rayonner à travers le monde entier.

réactualisé le 14.07.2025       Hans Gutscher, Doi Saket

Hans Gutscher