« …..DEPUIS LES ORIGINES ET DANS LES SIECLES DES SIECLES LE DETENTEUR DE LA SOUVERAINETE A UN INTELLECTUEL A SA DROITE ET UN ARCHITECTE A SA GAUCHE. LEUR CONCURRENCE CONCOURT A LA PUISSANCE DE LEUR CENTRE COMMUN. » Régis Debray dans « Le Scribe ».
INTRODUCTION
A l’orée du XXe siècle, puis dès la création de mouvements avantgardistes comme notamment les CIAM (Congrès International de l’Architecture Moderne), les architectes et urbanistes se préoccupaient en premier lieu à créer un habitat collectif conçu dans un environnement sain et espacé, ceci en réaction aux îlots urbains insalubres qui avaient résulté de l’industrialisation incontrôlée du XIXe siecle. Il faut bien reconnaître qu’aujour d’hui et déjà depuis la période du postmodernisme des années 1970, la recherche d’un habitat collectif sain et vivable ne fait guère plus partie des préoccupations majeures des architectes et urbanistes. Comme le précise la citation du texte de Régis Debray, ceux-ci, au service des puissants de tous les temps, se distinguent aujour d’hui plutôt par la création de projets monumentaux, images de marque tant des mandants, grandes sociétés ou pouvoirs publics, urbains ou étatiques, qu’en quelque sorte des architectes même.
L’habitat sous toutes ses formes, appartements ou villas groupées, en location ou en copropriété, est entré dans le domaine d’activité des grandes entreprises immobilières et/ou de construction et subit ainsi la loi des seuls impératifs financiers. Il s’inscrit, en plus, dans une législation qui s’appuit sur des réflexions vieilles bientôt d’un siècle et issues du mouvement dit d' »Architecture Moderne ». Comme toute législation, elle sera longue et difficile à réviser.
Les réflexions qui suivent essayent d’apporter une réponse aux nouvelles conditions et impératifs qui régissent notre vie sociale et relationnelle. En effet, ceux-ci doivent trouver leur correspondance et leur reflet dans un habitat et dans une structure urbaine adaptée.
LES EVOLUTIONS INTERVENUES DANS LA VIE SOCIALE ET ACTIVE COMME BASE DE REFLEXION.
Les évolutions principales, tant sur le plan des activités professionnelles et autres, que sur le plan des relations sociales, sont résumées comme suit:
- sur le plan social: La famille et en son sein le couple ne constitue, et de loin, plus la cellule de base de la société humaine. Les couples ne sont plus uniformement hétérosexuels, mais regroupent de plus en plus souvent, des individus de même sexe. Les individus vivent tant en couples, avec ou sans enfants naturels voire issus d’insémination artificielle, ou/et adoptés, en familles réduites ou, à l’autre extrême, à plusieures générations réunies. D’autres individus, de plus en plus nombreux, vivent dans une réclusion volontaire, ne cherchant que des contacts momentanés ou périodiques, avec d’autres personnes, ami(e)s ou partenaires, voire simplement correspondants temporaires au gré des rencontres occasionnelles. Ces relations, autrefois fixées à la fin de l’adolescence pour le reste de la vie, sont devenues de plus en plus fluctuantes et temporaires.
- sur le plan professionnel: Le lieu de travail comme l’emploi même ont également perdu leur caractère de fixité et de permanence et ils ont laissé la place à une fluctuation et une instabilité permanentes. La place de travail s’adapte aux impératifs de la tâche à accomplir et peut se trouver au siège de l’employeur, dans un bureau ou une place de travail isolé, voire dans une surface ouverte, tout autant qu’au domicile de l’employ(e). Les possibilités qu’offrent aujour d’hui les outills informatiques pour la réflexion et le travail interdisciplinaire y apportent des solutions variables, adaptables au gré des impératifs du moment.
- sur le plan environnemental: Grâce à l’évolution technique survenue ces dernières décennies, les nuisances provenant du travail depuis son industrialisation ont été sensiblement réduites pour une grande part des activités humaines, tout en provoquant cependant des pollutions sournoises et inquiétantes d’un autre genre. Parmi celles-ci, celles relevant de l’augmentation drastique de la circulation, notamment celle provenant du traffic pendulaire des travailleurs, contribue largement à la pollution de l’air. La conjoncture des deux phénomènes, diminution des nuisances de la très grande part des places de travail d’un côté, et l’augmentation des traffics pendulaires d’autre part, devra permettre, par le regroupement de l’habitat et de l’activité professionnelle dans des unités urbaines communes, de diminuer dans une large mesure la pollution issue de ce deuxième phénomène.
- En résumé, force est de constater que notre monde d’aujour d’hui est marqué par la fluctuation sur le plan, tant des structures sociales que sur celui des relations professionnelles et de l’organisation du travail. Toute urbanisation future devra en tenir compte et apporter des réponses à ce changement radical dans nos relations sociales et professionnelles.
L’ILOT DE VOISINAGE OU DE COMMUNAUTE COMME ELEMENT DE BASE D’UNE URBANISATION ADAPTEE.
Un îlot tel qu’illustré ci après sous la dénomination « Communauté » est conçu pour un nombre d’habitants variant entre 50 et 80 personnes, un nombre limité permettant le développement d’un esprit communautaire de voisinage. Il est cependant évident que dans des centres d’agglomérations, pour arriver à la densité souhaitée, ce nombre peut être plus élevé. Les volumes constructibles, adaptables par hauteurs différentes aux densités projetées, représentent une utilisation maximale du sol et elles devront permettre d’y apporter la flexibilité nécessaire pour l’adaptation toujours repensée aux nouvelles situations auxquelles les habitants, déjà établis ou nouvellement arrivés, seront confrontés. Afin d’éviter l’exploitation maximale à tout prix des volumes constructibles autorisés, ceci dans un but purement financier, la gestion et la propriété de l’ensemble de l’îlot seront de preference confiées non pas à des promoteurs privés, mais à une structure coopérative réunissant l’ensemble des habitants de l’îlot. La règlementation de la construction sera limitée à l’essentiel relatif à la qualité de la cohabitation et à la protection de l’environnement. Elles prescriront certaines obligations propices à la préservation d’un environnement sain, comme l’imposition de toitures végétalisées, utilisées pour des plantations mais aussi pour des aires de repos et de rencontres, puis également l’invitation à des mesures d’économie, voire même d’autonomie d’énergie.
L’îlot de voisinage, voire de communauté, sera ainsi à même de répondre aux demandes qui résultent des changements intervenus dans l’évolution de la société humaine:
- habitat souple permettant son adaptation à l’évolution de la situation personnelle de chaque habitant de l’îlot.
- mixité de l’utilisation des surfaces entre habitat et activités professionnelles et commerciales.
- création d’un environnement sain et respectueux de la nature avec surfaces de plantation, de repos et de rencontres.
- permettre, en son sein, tant l’isolement que les contacts communautaires, au gré de la volonté et du désir de chaque habitant.



REGROUPEMENT DES ILOTS EN ENTITES URBAINES.
comme l’illustrent les schémas figurant ci-dessous, le regroupement de plusieurs de ces îlots permettra de former des quartiers, puis, dans le cas extrême, des villes nouvelles. Ils pourront cependant fréquemment s’insérer dans un tissu urbain existant et créer ainsi le point de départ de l’adaptation de ce dernier aux nouvelles données de vie sociale et de vie active de la population, ceci notamment par l’adaptation, voire l’adoption même de la nouvelle législation en matière de construction telle que développée pour le nouvel îlot.
A chaque regroupement devront correspondre la création des infrastructures et equipements urbaines adaptés et ainsi y constituer le coeur de la cité, quartier ou ville même. Les équipements scolaires, culturels et administratifs correspondront à l’échelle de l’unité urbaine desservie.
Il est évident que les schémas qui suivent ne représentent qu’une image abstraite de tels regroupements qui, eux, devront s’inscrire dans un contexte particulier, tectonique, climatique et culturel, voire déjà construite aux alentours. La forme très géométrique de départ devra s’adapter à ces données de base et, par là, répondre au « genius loci » dont le nouvel ensemble urbain représentera un nouveau composant.



CONCLUSION.
Il est évident qu’à l’intérieur de ces schémas urbains l’architecture devra également s’inscire dans le contexte naturel et culturel du site, de son environnement et de son histoire qu’elle devra refléter et réinterprêter.
Terminons cette proposition par une citation d’un texte de Christian Norbert- Schulz, architecte Norvégien, paru dans son livre » Genius Loci, Towards a phenomenology of Architecture « , (Editions Rizzoli, New York, 1980), texte qui relate et résume, on ne peut mieux, la problématique et l’appauvrissement de notre univers bâti d’aujour d’hui:
« ……The modern environment in fact offers very little of the surprises and discoveries which make the experience of old towns so facinating. ….. »
Hans Gutscher, architecte, Doi Saket, Thailand, le 20 septembre 2021
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